vendredi 30 mars 2012

IN THE SHADOW OF LIFE

L'ombre et la lumiere...La beaute et la laideur...La vie et la mort.

Je vous previens, je suis dans un de ces jours ou j'ai du mal a aimer l'Inde.
Car j'ai (helas) lu le journal une fois de plus et en prime j'ai eu envie de frapper quelqu'un ce matin.
Je vais tenter de faire un coctkail digeste de tous ce fatras, en inserant des trucs droles au travers,
 histoire d'eviter d'etre trop lourde!

Allons-y. D'abord, le noeud de cette chronique, c'est que j'ai assiste a  une mise a mort qui m'a paru cruelle.
Nous etions quatre femmes a marcher autour de la montagne Arunachala, dans le sentier interieur, trajet d'environ deux heures trente a travers des bosquets, une petite foret et des champs. J'ai fait ce circuit plusieurs fois et tout s'est bien deroule. Ce matin-la, mon amie Roma, recemment rasee, a brule ses cheveux sur un rocher. Quand ce fut fini, nous avons sursaute en apercevant un saddhu assez impressionnant (couvert de marques de cendres) qui nous fixait intensement. C'est fou, on aurait jure qu'il n'etait pas la une seconde avant, et qu'il s'est materialise comme par enchantement! Il avait l'air d'un spectre et retrospectivement, il apparait comme un presage funeste (c'est la romanciere en moi qui parle sans doute).

Je marchais en tete et je disais justement a Roma que je trouvais qu'en Inde, la mort etait tres presente. L'ami d'Arun est decede, le touriste Allemand a Varanasi, les buchers funeraires, un masso de Tiru nomme Suresh a perdu sa femme pendant que j'etais la (je voulais prendre rv avec lui mais j'ai laisse tomber en apprenant la nouvelle) Dans le journal: un homme de 60 ans s'est pendu dans une gare, honteux de ne pas avoir assez d'argent pour le mariage de sa fille. Un cas tragique: Imarti, une simple villageoise, a ete tuee par balle devant sa famille. Son ainee avait ete enlevee et vendue pour mille dollars comme esclave sexuelle des annees avant, puis sa plus jeune a ete violee a 15 ans par le chef du meme gang, car elle refusait d'entrer dans le reseau de prostitution. Cette courageuse femme, pauvre et  peu instruite a ete frapper a la porte de plusieurs postes de police pour obtenir de la protection pour sa fille, sans succes. Le mafieux qu'il l'a tuee en plein jour pour la faire taire est un "big shot" qui s'en sortira sans doute sans proces. En passant, aussi religieux qu'ils soient, les Indiens ont un reseau de prostitution hallucinant: on estime a plus de 10 millions de femmes (dont 20% de mineures) celles qui ont le malheur d'etre utilisees ainsi comme de la marchandise.

J'en etais la de mes reflexions quand j'ai entendu des chiens grogner et courir. J'ai d'abord cru qu'ils se chamaillaient entre eux, puis j'ai vu que non: ils etaient excites car ils avaient encercle un jeune daim. Aussitot, j'ai pris une roche dans ma main et j'ai fait un pas en avant, en criant aux filles: est-ce qu'on y va?
Valentina m'a dit : non, ce serait dangereux, ils peuvent se retourner contre nous. Cinq chiens pris de frenesie, dont l'instinct de tueur est exacerbe, en effet ca peut facilement etre brutal si on les contrarie. Je laisse tomber.
Au meme instant, ils ont reussi a jeter le petit animal par terre et ont commence a le mordre en grondant. Nous etions a environ 15 metres, on entendait les cris de detresse du frere de Bambi, c'etait dechirant. Roma s'est mise a pleurer et j'avais la nausee, quelle tristesse! Nous nous sommes eloignees , impuissantes, sous les rales d'agonie du daim . Ce qui me tourmente, c'est qu'au lieu de le prendre a la gorge et de l'achever rapidement, les chiens semblaient s'amuser a le torturer en le mordant aux flancs et aux pattes. Je ne sais donc pas s'ils l'ont mange parce qu'ils avaient faim, ou si c'etait par jeu, ce qui me laisse un malaise. Evidemment, c'est perturbant, on n'a pas l'habitude d'etre temoin de scenes semblables, live, si naturelles soient-elles... Donc coincidence: j'etais justement en train de parler de la mort lorsqu'elle a frappe!

Pour alleger un peu l'atmosphere, je vais vous conter un episode burlesque: Marika est embarree dehors.
J'etais sortie souper chez un ami, et lorsque je suis rentree, passe minuit,  la grille de l'entree du guest house
etait cadenassee. Hum pas super, mais le veilleur est la, juste de l'autre cote de la vitre, couche sur un matelas. Je commence a cogner en parlant doucement, pas de reaction. Je hausse le ton et commence a brasser la grille de fer, toujours rien. Je me mets a varger de toutes mes forces, on croirait que tout va arracher et ca fait un boucan du diable, mais notre homme ronfle comme un bienheureux! Le mec qui a la chambre au-dessus me crie: hey, ca suffit, stop it! Zut.  Je regarde autour de moi: la rue est sombre, je sais qu'il y a des rats et des chiens errants, pas le gout de dormir sur le trottoir... J'ai un eclair de genie: je me resigne a  passer la nuit sur le toit de l'ashram voisin, car ils ne ferment pas leur entree a clef. Je monte l'escalier exterieur en douce, me voila sur le rooftop: pas si mal.  Je regarde autour de moi et m'apercois que les toits des deux batisses sont adjacents, c'est un jeu d'enfant d'enjamber un muret pour finalement etre capable de regagner ma chambre, ouf! La cerise sur le sundae: le lendemain, je conte ma mesaventure a une amie, qui me dit: mais t'as pas la cle de la grille d'entree? Saisie d'un doute, je sors mon trousseau; effectivement, il y a deux cles, he he! (C'est un peu genant mettons!) Je suis parfois lunatique...

Pourquoi ai-je eu envie de frapper quelqu'un ce matin? Apres une nuit dans le train, ce qui n'est jamais tres reposant, je suis de retour a Kovalam, point de depart de mon petit tour de l'Inde. Je suis a l'arret d'autobus, quand je vois un monsieur gras et laid qui me regarde fixement (d'un oeil de merlan frit tout ce qu'il y a de plus huileux) et il taponne quelque chose sous le tissu de son vetement. Je me detourne, croyant qu'il se gratte peut-etre, mais quelques instants plus tard, le doute n'est plus permis, le vieux schnock se masturbe!
Yark! Je n'en reviens  pas qu'il fasse ca impunement devant 20 personnes en plein jour et que tous feignent de ne rien voir! Indignee, je le dis au jeune homme a cote de moi qui me repond, fataliste: on ne peut pas changer les gens... What the f... ??? Dans ce pays on exige que les femmes soient decentes mais les hommes peuvent tout se permettre? Je suis vraiment en colere a present, surtout que quand je me deplace pour ne plus etre dans son champ de vision, l'exhibitionniste se deplace aussi et me mate avec un regard vraiment repugnant, regard mauvais et visqueux  rempli de mepris avec en prime une grimace mi-salace, mi-haineuse. J'hesite  a agir, je ne me souviens plus de mes phrases d'hindi, je suis comme paralysee et me sens vraiment frustree et impuissante. L'autobus arrive, me tirant de cette situation absurde, je monte a bord et me retourne pour lui gueuler: You! Yes you, goonda (bandit), bad man! -tout en brandissant dans ma main ma sandale, injure supreme. Je m'asseois en rageant, tremblante et j'ai des fantasmes de vengeance: j'aurais aime me defouler en le cognant, ce pauvre type malheureux, mais mieux vaut ne pas me creer de mauvais karma et surtout ne pas avoir affaire a la police...

Autre episode drolatique: Marika va au poste de police. Il y a trois jours, je perds mon telephone dans la rue, je sais que je ne le retrouverai pas. Un ami indien me conseille de declarer l'evenement, au cas bien improbable ou quelqu'un ferait un mauvais usage dudit portable, car la carte sim est a  mon nom. Je vais au poste avec Roma, on entre et on parle toutes seules pendant cinq minutes: hellooo? Namaste? Y a quelqu'un?Yes, come in...Un bonhomme tout endormi , dont nous avons visiblement perturbe la sieste digestive, nous ecoute, puis ne comprenant pas ce dont il retourne, nous envoie mollement a l'autre constable, tout aussi inactif aparemment, assis placidement au milieu de piles de papiers epars poses sur une simple table en bois. Aucun telephone ni ordi ou autre signe de modernite en vue, on dirait une vielle salle de classe poussiereuse.
Il parle mieux anglais, mais il n'est pas vite vite. Il n'est surtout pas interesse une seule seconde a nous aider a remplir une declaration, il dit: come back tomorrow et je ne saisis pas la raison qu'il donne, mais c'est clair qu'il a la mega flemme... Par contre, il est tres interesse de savoir a quel hotel nous logeons et il veut le numero de telephone de mon amie! Euh, quoi? Oui, ce bedonnant moustacheros flirte avec les touristes au lieu de remplir ses fonctions. Ok, bye! On sort presque en courant, pouffant de rire.

La vie est comme ca, des hauts et des bas.  Hier dans le train il y avait des dizaines de jeunes soldats en
route pour un entrainement, ils ont ete sympathiques avec moi, tres gentlemen. J'ai eu droit a ma seance de mitraillage de photos (allo paparazzis! Sourire jusqu'a en avoir mal aux joues). J'ai coiffe le beret, avec mes cheveux courts c'etait parfait! L'un d'eux, voyant mon I-pod, voulait que je lui fasse ecouter des chansons anglaises; c'est toujours ca que les Indiens me reclament mais helas j'ai surtout de la musique asiatique ou moyen-orientale! Enteka, ce fut un beau moment.C'etait mignon de les voir se taquiner, si candides qu'on aurait dit des enfants.

En terminant sur une note positive, j'aimerais citer Ramana, il a une belle metaphore concernant les soucis:
"Since the supreme power makes all things move, why shall we, without submitting to it, constantly worry ourselves with thoughts as to what should be done and how...We know that the train carries all load, so after getting on board why should we carry our small luggage on our head to our discomfort, instead of putting it down and feeling at ease?"

Remember my friends, the train carries all loads...Ciao!





lundi 26 mars 2012

Dancer dancing the dance of stillness

Ce titre est un des 108 attributs de Ramana, recites quotidiennement pour lui rendre hommage, a l'endroit ou repose son corps dans l'ashram. Chaque soir vers 17h, de jeunes aspirants moines se rassemblent et psalmodient les louanges de cet etre realise, tandis qu'un autre plus age se charge des gestes rituels tels sonner la cloche, allumer la flamme, verser du lait sur le lingam (symbole du phallus, associe a Shiva). Les devots peuvent mediter assis ou marcher autour du shrine (voyons, comment on dit en francais? monument?), c'est tres agreable de deambuler ainsi au son des voix d'hommes (lequels sont a moitie nus d'ailleurs, ce qui parfois me fatigue un brin!)

Voici d'autres noms donnes a l'aspect divin de Bhagavan Ramana Maharshi:
-With eyes of lotus in full bloom
-Near and dear
-Ocean of  compassion
-Flame of knowledge
-Sun dispelling inner darkness
-Dweller of the Heart

Je pressens que cette chronique sera decousue...Mon mental est calme, la vie s'ecoule tranquillement, ponctuee par les moments de meditation, les marches autour de la montagne et les chai entre amis!

"To be in touch with the flow of life is to be natural, at ease, at peace." -Satsang with Werner.

Recu un beau massage d'une amie allemande, ce fut tres yin, doux, me rappelant que ce corps est un temple sacre, qu'il est relie a la terre mere, ce fut tres benefique. Elle m'a chante ceci (accords Am et G, pour les guitaristes!), un hymne rainbow je crois, qui m'a fait me sentir tres connectee a mon cercle de femmes:
"Woman I am, Spirit I am, I am the infinite within my Soul,
  I have no beginning and I have no end, oh yes I am!"
Cette jeune femme inspirante est une de ces citoyennes du monde: sage femme et masso, elle est sans domicile fixe depuis trois ans et voyage pour aprofondir sa pratique spirituelle; elle est a l'aise partout.
Ce fut une belle rencontre, bien  possible que nos chemins se croisent de nouveau.

Nous avons vecu deux kirtan enflammes dans la meme semaine, merci a Lalita (une autre Allemande), qui menait le tout avec sa grande devotion et son harmonium. C'etait un moment de communion intense de chanter tous ensembles, Indiens et touristes, hommes et femmes de tous ages et de toutes religions.

"Follow your heart, your spontaneous intuitions, and nothing else! Reach to the deepest core of your heart: that is where God lives. "        - Mahadevi, from fear to enlightenment.

Virupasha cave: grotte ou il est bon de s'asseoir en silence, car il y regne une vibration particuliere,
 qui rend plus facile la descente en soi, je veux y retourner... The world within.

Vu des lucioles, des etoiles filantes, des paons majestueux (ils deambulent en liberte dans l'enceinte de l'ashram, leurs cris percants ponctuent les moments de silence); vu des perroquets, et bien sur des singes en bandes .Des gens traient leurs vaches sur le bord de la rue, des coqs s'ebrouent dans les ruelles. Aujourd'hui, moment touchant: un camionneur freine d'un coup sec...pour eviter d'ecraser un poussin minuscule! ( j'etais etonnee qu'il l'ait meme apercu)

Avant-hier, sommes alles a plusieurs chez Tili, une Francaise qui vit ici avec ses enfants depuis 6 ans, elle est extraordinairement simple, naturelle, accueillante et elle a vecu une experience d'eveil qu'elle partage dans un livre qu'elle vient de terminer, que j'aimerais lire un jour. Elle nous a recu comme des rois: cari thai, suivi d'un decadent gateau au chocolat dont le glacage imbibe de brandy nous a tourne la tete! Ce fut un delire collectif de musique improvisee, de chant, de danse, de cris, de vie qui s'exprime! Elle habite une belle petite maison dans un champ, avec deux chevaux dont l'un essaie de mordre, il faut se munir d'un baton! Ce fut un vent de folie bienfaisante et joyeuse, rafraichissante. Tili a un instrument de musique en metal, en forme d'ovni, (je n'avais jamais vu cela avant et j'en ignore le nom), c'est une percussion a plusieurs hauteurs de notes, que l'on frappe avec le bout des doigts et qui rappelle le bruit de gouttes d'eau ou  le son du gamelan...Fascinant!

Ici, on se dechausse avant d'entrer dans les commerces et bien sur l'ashram, ce qui donne lieu a des confusions (des gens distraits se trompent de sandales) ou a des vols...mais pour les locaux, ca porte bonheur de se faire voler ses chappals, it is auspicious, tout comme de marcher dans une bouse de vache d'ailleurs! Quels petits marrants, ces Indiens! Faut faire contre mauvaise fortune bon coeur, n'est-ce pas???

Wow! Je suis en Inde, merveilleux, etonnant! Je suis encore eblouie de me repeter ces mots!
Vous ai-je dit qu'ici, il y a dix heures de coupure de courant a chaque jour? Cela donne un air de fete
 a la ville, puisqu'on doit utiliser les chandelles et lampes de poche, comme au camp de vacances!

J'ai encore lu le journal, j'ai encore failli pleurer et rire parfois, tant c'est stupefiant.
Par exemple, a Mumbai le train de banlieue tue chaque jour une quinzaine de personnes, pcq le gouvernement coupe dans les surveillants de passages a niveau. L'Inde a le plus haut taux d'accidents mortels lies au chemin de fer du monde entier...car les notions de securite ici sont bien vagues et approximatives!  Sur la route, plus de 200 000 personnes meurent chaque annee (en majorite des cyclistes), parce que d'une part 20% des routes sont en bon etat, d'autre part...watch out, c'est le "far west" ici, cote circulation, j'en ai deja parle!
Cote superstitions, tenez-vous bien, des villageois sont en panique car une vielle femme dit avoir entendu et vu des esprits un soir, cogner sur sa maison...Depuis ces braves gens, persuades que leur village est hante, ont du mal a dormir, resultat: ils ont peint des inscriptions protectrices sur leurs murs, font des rituels d'exorcisme et font exploser des petards tous les soirs afin de faire peur aux fantomes en question.

En terminant, si ce pays vous fascine et que vous voulez un bouquin qui est un resume interessant, mettez la main sur India Attitude, deBecky Stephen; c'est un guide des usages et coutumes paru en 2011, mine de renseignements tant historiques qu'actuels, passionnant a lire et pratico-pratique a la fois, pour les visiteurs ou gens qui viennent travailler ici. Ca aide a decrypter les codes de conduite et les valeurs, parfois si radicalement differents des notres.

Une derniere citation qui m'inspire enormement, d'Albert Camus:
LA SEULE FACON DE FAIRE FACE A UN MONDE SANS LIBERTE
EST DE DEVENIR TELLEMENT LIBRE QUE VOTRE EXISTENCE MEME
EST UN ACTE DE REBELLION.

mercredi 21 mars 2012

Emptiness is Fullness

Satsang avec Lisa Cairns- extraits: You are nothing that arises, yet you are that in which all is arising.
Time and space do not exist without thought, and the small "I" does not exist without time and space; "you" and "tomorrow" don't exist if you don't think about them. In Nowness you die...yet nobody is dying. Truth is here, now, non-located,  non-conceptual... Freedom is Space, it is never affected by the phenomenons. Liberation happens in this moment, because this moment is all that exists. Freedom is now. Drop the search!  Awareness, the ultimate I, is the all seeing, all knowing in which everything appears and disappears.
The body and mind are known by Awareness, but sensations and thoughts are not aware of anything! Only that which is knowing is absolute. Awareness is Oneness, it cannot be known by the mind, which is dual. Empty aliveness is omniscient, and "my" consciousness, yours, his, is all God's consciousness, all One.
No Thing is existing separate from it...

Le 15 mars,  jour de mes 40 ans, je suis allee visiter le magnifique temple Arunachaleswar, un des plus vastes de l'Inde. La, j'ai vu un elephant qui pour quelques roupies vous benit du bout de sa trompe sur le sommet de la tete! Une amie allemande m'a offert un deeksha (benediction), rituel effectue dans ma chambre et qui m'a fait du bien: impression de me reconnecter avec mon centre en profondeur, et cette jeune femme si douce que je connais depuis peu me rappelle que mes soeurs d'ame sont partout sur la planete! J'ai recu de nombreuses marques d'affection, cadeaux et souhaits, wow: je suis ici depuis seulement quelques jours et j'ai deja un cercle d'amis, c'est impressionnant! Apres le satsang, j'ai eu l'inspiration de me raser la tete; j'ai demande a Netty (qui a elle aussi la boule a zero) de venir avec moi trouver un coiffeur. Legerete, liberation, je laisse le passe derriere moi! C'est comme se laver le dedans de la tete pour se delester des vieilles idees perimees! Mon menage du printemps, quoi! Ce fut spontane et ca tombe a point question climat, il fait pres de 40C!
Juste apres, un ami est arrive devant moi et m'a dit, en me regardant dans les yeux: savez-vous ou est Marika?!  Il ne m'a pas reconnu, ce fut un moment agreablement etrange. Scott est un New yorkais avec qui j'ai grimpe au sommet de la montagne sacree pour y passer la nuit. Il avait apporte sa guitare, ce fut un moment magique d'etre seuls au sommet, de voir les lumieres de la ville s'allumer et s'eteindre comme une courtepointe electrique (au gre des coupures de courants dans differents secteurs). Nous avons dormi dans un lieu qui fut habite jusqu'en 2008 par un renoncant qui y a medite pendant 17 ans, a tel point qu'il en a perdu l'usage de ses jambes a force d'etre assis en lotus! Donc malgre l'armee de moustiques assoifes et de rongeurs en cavale, ce fut agreable et special!

Que dire? Ce matin, vers 6h, j'ai fait pour la troisieme fois le tour de la base de la montagne, avec un petit groupe, nous avons marche en silence et ce fut tres beau .J'ai croise un "baba", un saddhu et en passant a cote de lui j'ai senti son silence interieur me submerger comme une vague, c'etait palpable, puissant et apaisant.
J'ai fait quelques echanges de massage et je crois que je vais etre un peu occupee dans les prochains jours, c'est l'effet domino: le bouche a oreille fonctionne! Je mets mon matelas de lit par terre et je fais surtout du massage thailandais. Ce soir, a nouveau seance de chants devotionnels, puis il y a des au revoirs; des visiteurs quittent Tiru tandis que d'autres arrivent. Je vous laisse, je vais boire un chai bien releve au gingembre pour combattre le feu par le feu!

mardi 13 mars 2012

FROM DUSK TO DAWN

Le 2 mars, arrivee a Puri, village sur la cote, et deniche ma chambre la plus propre a ce jour (Mina est obsessive avec le menage, elle en fait une tendinite a force de frotter, on n'en demande pas tant! ) ca fait du bien quand meme. Me revoila au bord de l'eau, avec le vent et la mer ca aide a supporter la chaleur, ouf!
Je me traine, j'ignore ce que j'ai, mon energie est lourde, je suis constamment fatiguee...

J'ai lu un livre de Mahadevi et cela me ramene a mon desir primordial de trouver cet horizon que je porte en moi, cette liberte absolue, cet amour...reconnaitre  la lumiere en moi et en tout, trouver la paix interieure, realiser ma vraie nature, bref peu importe comment on le nomme, chercher a l'interieur. La quete spirituelle commence les yeux  ouverts et se poursuit les yeux fermes (c'est-a-dire en s'interiorisant en silence pour toucher cettte realite subtile, que l'on peut etiqueter du mot dieu ou inner guru ou la Presence...whatever) C'est pour cela que je suis en Inde, et c'est pour cela que je vis, en fait, meme si par moments j'ai tendance a le releguer au second plan!

Dans ce petit village tranquille et modeste je vais reposer mes nerfs et mes sens exacerbes par Calcutta. Je rencontre une foule de gens interessants: Anna-Lisa, une jeune femme attachante, en plein cheminement spirituel, Kevin, un Francais tres "perche" ( flye), qui s'entretient regulierement avec des etres ascensionnes, materialise des trucs, style genie meconnu de physique quantique  ayant visite la matrice (euh... soit c'est un mystique ou bien  un cas psychiatrique mais a ce stade-ci du voyage je crois que tout est possible) en tout cas on ne s'ennuie pas avec lui! Florence,une femme qui est venue vingt fois en Inde; Carlos, un Peruvien vivant en Espagne, artiste et chaman sur les bords qui m'a donne un super traitement energetique et m'a rappele avec compassion que c'est mon choix et ma responsabilite de mediter et de me connecter au divin; ensuite deux Russes qui fument et boivent tous les soirs mais trippent spiritualite, icones, lieux magiques, etc...L'un d'eux, Anji, grand sec nerveux et verbomoteur, est un ancien joueur de hockey professionnel, puis ex mafieux reconverti en super bon jack; il nous a montre de superbes photos de ses enfants et de son pays, que je n'avais jamais pense visiter mais la il m'a un peu donne le gout...En se quittant, il m'a offert une image pieuse, on reste en contact, qui sait? Son ami Michael, (surnomme mishanti, costaud, zen et peu loquace) et lui etudient en medecine mais se passionnent tous deux pour la guerison alternative, la meditation, etc. Tres colores comme personnages! Ensuite, fait la connaissance de Raidas, un Italien disciple d'Osho qui fait du massage ayurvedique, on s'est fait un echange, nous avons tous deux ete ravis de l'experience. Je me suis remise a me lever tot pour aller mediter sur la plage, et apres seulement deux jours j'ai senti une difference dans mon energie globale et mon humeur.J'ai senti  une reconciliation, une reunification profonde, comme si les parties fragmentees de mon etre se remettaient en place. Laisser mon coeur s'ouvrir, etre receptif, attentif aux signes de la vie, nourrir mon yin et accepter de cheminer un pas a la fois, humblement, sans hate. Ca me sort de ma lethargie!

Visite un village d'artisans, vu des jeunes garcons danser le Gotipua, danse traditionnelle magnifique et acrobatique, ce fut un moment fort qui m'a remplie de joie! Accompagnes de tabla et d'harmonium, ils nous ont donne un spectacle prive improvise, inoubliable!!! Anna et moi arrivons par hasard sur le lieu d'une fete religieuse, nous sommes les seules touristes et on nous nourrit, nous mangeons assis par terre, sur des feuilles de bananier en guise d'assiettes, nourriture succulente et surabondante, on est gavees! Apres, nous avons droit a une seance de paparazzis: bombardees de tous cotes par des gens, hommes et femmes, familles au grand complet qui veulent se faire photographier a nos cotes! Smile! Paneer! (cheese en hindi!) On se sauve presque pour echapper a tant d'affection debordante, puis allons sur une plage lointaine et deserte en scooter, reposant mais retour penible pour la conductrice: a la nuit tombante elle se prend plein de moustiques dans les yeux. Un autre jour, nous louons des velos et roulons environ une demi-heure pour trouver une autre plage, plus accessible et propre. Car la plage pres de l'hotel est bordee par un village de pecheurs qui n'ont pas d'eau courante et tous ces bravent gens chient sur le sable. De plus, la vue que j'ai de mon hotel est un immeuble abandonne, devenu un depotoir a ciel ouvert ou les gens vident leur poubelle; tout cela pourrit sur place au soleil et parfois on en brule un partie, les cochons et les vaches mangent le reste...Medieval comme gestion des ordures, je n'en reviens pas encore. Avis aux nez sensibles, l'Inde frappe fort sur le plan olfactif.

Le 8 mars c'etait le Holi, fete religieuse ou les gens s'aspergent de couleurs, j'ai manque ca parce que j'etais dans le train; d'une part je regrette un peu mais d'autre part j'ai vu des images a la tele, ca parait drole mais ca peut mal tourner aussi: a Mumbai, il y eut environ 200 enfants hospitalises apres avoir fait de graves reactions allergiques a des substances toxiques dans une peinture...c'est dommage. J'ai rigole en regardant les videoclips: autant il y a de la beaute dans les danses et les costumes, autant ca peut etre totalement quetaine dans le cote amour sirupeux, cliches de la femme pure et faible et homme viril, etc...Dans le train pour Chennai, failli me liquefier de chaleur, mal dormi, reflechi a ma vie: envie de faire un menage radical dans mes affaires en rentrant a Quebec, de m'alleger davantage, impression de detricoter le chandail de ma vie pour n'en  garder que les brins essentiel...et laisser aller le reste. C'est la pleine lune et je fais un peu d'insomnie, deux trois jours d'affilee.

Chennai (Madras) est une ville sans charme, la 4e plus grande de l'Inde,donc  retour dans le concerto du vacarme urbain. J'ai du mal a mediter ici, je me sens restless, mal dans ma peau. Envie de manger des sucreries, de compenser mon malaise par la nourriture. Je lis un roman d'amour passionnel qui finit mal (Francoise Sagan), je suis un peu spm, et en prime j'ai une rechute de "loose bowel"; je me sens moche, grosse, boutonneuse, et seule... y a de la joie! Je vais dans un salon me faire teindre les cheveux, la femme est adorable mais pas plus coiffeuse que je suis plombier! Elle me desseche la criniere en laissant la couleur trop longtemps, omet de les laver apres, et la pseudo coupe consiste a prendre de mauvais ciseaux pour me massacrer la frange tout croche, en trente secondes, comme le ferait un enfant! .Je suis quand meme contente de ce contact avec elle, avec peu de mots elle m'explique que son mari la battait et a tente de l'etrangler, elle vit maintenant avec ses parents et ses deux enfants. Quel beau sourire malgre la misere! Je lui ai donne un bracelet. Elle m'a serree fort en partant. Je me sens a la fois heureuse et exasperee! Impuissante.

Mood indigo...Dans le journal: un homme recoit la prison a vie pour avoir incendie a mort sa fille de 15 ans, car il s'opposait a sa liaison avec un jeune homme...parait qu'il est rare que les gens soient condamnes pour crime d'honneur; parfois c'est camoufle en "accident de cuisine" oui  la pauvre femme s'est enflammee en faisant a manger, la maladroite! Il y a de jeunes mariees qui passent a la casserole, si je puis dire, parce que la belle-mere est insatisfaite de la dot! Il y a aussi les maris jaloux qui jettent de l'acide au visage de leur femme (parfois pour adultere ou meme sur un simple soupcon) Dans l'etat du Bengale, il y a aussi un lieu designe sous le nom de: kidney sale capital. Un rein est achete environ 100 000R ( 2000$) et revendu le triple ou le quadruple par des escrocs sans scrupules, percus neanmoins par des messie par de pauvres gens prets a crever pour nourrir leur famille quelques temps... En effet, apres avoir vendu un rein, les gens faiblissent et ne peuvent plus travailler, certains meurent au bout de quelques mois, d'autres vivotent des annees mais quelle vie!Les "intermediaires" sont parfois arretes puis relaches apres quelques mois car les villageois, peu eduques, ne veulent pas temoigner contre eux, apres tout ils ont besoin de cet argent...C'est dur lire le journal en Inde!

Derniere journee , je deambule dans les rues au hasard et moment de grace: un petit groupe d'enfants danse et saute a perdre haleine sur  de la musique a tue-tete/ Je tape des mains, leur souris nous communions dans cette joie simple et instantanee du rythme, de la celebration de la vie...ils sont sales et pauvres mais lumineux. Je vois les meres s'approcher et leur faire signe de me demander des roupies, mais les petits n'ecoutent pas, ils sont tout a leur extase et a leur folie, presque en transe ils transpirent a grosses gouttes, fiers d'etre vus et heureux d'etre reconnus, je leur donne ma bouteille d'eau puis disparais avant que l'argent ne viennent s'immiscer dans ce moment sacre!

Je me coltine mon gros sac dans le bus local pour aller a la plus grande gare de l'Inde, je m'attendais au chaos mais non, en fin de compte je trouve rapidement le quai pour aller a Tiruvannamalai. Je suis un peu a l'etroit dans mon banc mais apres etre sortis de la ville, j'ai droit a de beaux  panoramas ruraux verdoyants.
Je me suis decidee a prendre des antibiotiques, et c'etait une bonne idee car je crois que j'avais chope une bacterie. Depuis que le traitement est fini, je me sens a nouveau moi-meme, plus capable de bouger et m'activer malgre la chaleur. Donc le blues etait en partie du a des causes physiques.

A Tiru, je deniche une chambre a 2$! Crottee, vraiment degueu, mais je l'ai moi-meme nettoyee, fait bruler de l'encens et depuis on dirait un autre lieu! Ca fait du bien a mon budget,  c'est tranquille et de plus je suis a cinq minutes de marche de l'ashram de Ramana Maharshi, sage qui m'inspire enormement. On peut aller et venir a notre guise dans les lieux de meditation, c'est gratuit; il suffit de respecter le silence et le code vestimentaire. Cet endroit est au pied d'Arunachala, montagne sainte pour les hindous, liee a Shiva. A chaque pleine lune des milliers de pelerins font le tour de ce volcan eteint, pieds nus...J'ai manque ca, j'etais a Chennai! Hier j'ai moi-meme fait une randonnee d'environ 11km, ca faisait du bien d'etre dans les arbres et apres, hum je me suis sentie dans un etat second tres special, dur a decrire. Je suis entree profondement en moi-meme, sans dormir, dans un etat sans pensees et sans corps (there was no body there!) et me suis relevee au bout de deux heures rafraichie, paisible et detendue.  Comme si Arunachala me soignait dans l'invisible! Tres agreable en tout cas. Ici aussi je croise plein de gens allumes, riches d'experience de vie, interessants au possible. Certains restent sur place des mois, je comprends pourquoi! L'ashram est supportant pour mediter. J'ai manque Mooji, un enseignant spirituel renomme, mais je le verrai plus tard dans ma vie, si necessaire!

L'autre soir sur le rooftop d'un hotel, chante des bajans (chants devotionnels) avec deux guitaristes, un harmonium une douzaine de personnes... wow je me sentais comme avec le choeur Shantala, c'etait magique avec la lune, la douceur du soir, la fraternite. Me suis liee d'amitie avec Salomao, un Portugais ex ingenieur forestier qui se consacre desormais a fond a la spiritualite, ses amies Laura et Roma, Australiennes; rencontre Madhavan, Iranien vivant ici depuis 15 ans, original semi-ermite ayant quitte la Californie doree pour suivre l'appel de son guru et enfin ce matin en prenant le chai, Shiva, Indien tres philosophe et wise guy...je pourrais continuer des heures mais j'ai faim,  la vessie va m'exploser et la meditation m'appelle!!! Le trivial et le vertical me delogent de mon ordinateur.

Extrait de chanson en finissant: (The Cinematic Orchestra, album Ma fleur, chanson Time and space)

In joy and pain
each one will grow
for wisdom is so much more
than what we know
and every child will find their way
of living their own life story,
day by day....








jeudi 1 mars 2012

A boring day in a beautiful life...(pas de greve pour les gardiens de chevre!)

Eh oui, il y a des moments ou j'en ai un peu marre d'etre sur la route et de ne pas pouvoir lire tranquille cinq minutes sans qu'un enfant me reclame de l'argent ou qu'un homme me drague ou pire encore me fasse une lecon d'histoire (oui oui d'accord les sales Anglais colonialistes, devrais-je ramper afin d'expier pour mes inexcusables ancetres?!) sur un ton condescendant!!! Allez, baya, je suis tres ouverte a apprendre des choses sur ce magnifique pays, mais il y a la maniere..et puis ne venez pas me faire croire que l'Inde est parfaite, yaar!

Oui, c'est une journee comme une salle d'attente de gare, surchauffee,  supeuplee et sans charme. Mais tout de meme, quelle chance d'etre encore en vie aujourd'hui, quel luxe de pouvoir s'emmerder en sirotant du jus de mangue, n'est-ce pas, tandis que de squelettiques viellards courent nu pieds pour quelques cennes, tirant un archaique rickshaw sur les paves brulants de Calcutta.

Le 26 fevrier a Bodhgaya, j'ai vecu un intense moment de paix interieure, ou je me sentais totalement deposee et sereine, et ce au pied meme de l'arbre de la bodhi, un figuier ou Bouddha a perce les voiles qui recouvrent notre essence... Il y avait une assemblee de moines qui psalmodiait a l'unisson, et cela, combine a l'energie incomparable de l'endroit, m'a transporte au-dela de mon petit moi mesquin et ordinaire, dans un apercu de felicite ou je me sentais complete, integree au monde, heureuse sans raison, avec l'illusion que cette fois, c'est pour de bon, ha ha!

Reyas, un jeune homme sympathique dont le pere a une boutique de vetements, nous a presentes  Arun Kumar, un ingenieur dont le pere fut assassine le 25 dec 2011 par des opposants politiques, et les meurtriers ont ete instantanement lynches sur place par la foule....Le pauvre gars avait l'air deprime, il y a de quoi! Son pere etait Vijay Kumar Yadav Hewas, 42 ans, un elu tres respecte representant plusieurs villages et faisant beaucoup pour aider les plus pauvres. Quelle tragedie. ( En passant, la veuve n'a que 32 ans et, traditionnellement,  les femmes ne se remarient pas apres la mort de leur mari...)

Les gens ici sont d'une intensite peu commune. Un soir, un homme emeche nous a confie, a France et moi, qu'il avait tente de se trancher la gorge quand son amie l'a laisse (cicatrice a l'appui). Lire le journal est une source inepuisable d'etonnement, parfois souriant parfois revoltant, on jurerait un roman! Jugez-en par vous-meme, par exemple: un couple hors norme a fait les manchettes en se mariant: lui est riche et a 17 ans et elle est pauvre et agee de ...75 ans.! Tout est possible ici, le meilleur et le pire, le surprenant et le conventionnel.

Du cote du pire, il y a helas de grands pans de la condition feminine. Recemment, une Indienne s'est fait violer ici meme a Calcutta, en rentrant d'une boite de nuit. Au poste de police, c'est elle qui passe a la casserole lorqu'elle tente de porter plainte: que faisiez-vous si tard dans un night club? Vous aviez bu? (on parle ici d'une femme adulte, pas d'une ado!) etc, bref on fait des jokes salaces et on pointe du doigt sa douteuse moralite, comme si elle avait couru apres! Cet incident a fait couler beaucoup d'encre, remettant sur le tapis la vielle mentalite qui reporte sur la victime la honte du crime sexuel. (What the f...?) Ce n'est pas tout, attachez votre tuque, un homme accuse de viol, s" il epouse sa victime, ne sera pas poursuivi en justice, il est simplement absout comme par magie. La logique de cela est que sa femme devient sa propriete, il peut en faire ce qu'il veut, et donc, que le viol ait lieu avant ou apres la ceremonie nuptiale ne change rien, c'est l'impunite pour monsieur! (avez-vous un sac, quelqu'un, j'ai comme une petite nausee...)
Le cote encourageant: un jeune homme de basse caste a recemment fait la manchette pour une noble raison:
sa fiancee ayant ete molestee (marchandise abimee) deux jours avant le mariage, il a courageusement defie la tradition et choisi de se tenir a ses cotes et de se marier quand meme avec elle contre vents et marees, un precedent en ce pays ou la virginite de ces dames vaut aparemment autant  que leur dot.

Vous voulez d'autres faits divers? Des etudiants surpris a tricher lors d'un exam ont eu des coups de batons par des policiers charges de surveiller (dents cassees, contusions sur tout le corps, bonjour la police!). Un jeune homme travaillant de 17 ans, qui fait vivre sa famille depuis que son pere a foutu le camp et qui avait refuse de se faire taxer par des voyous, a ete si severement battu qu'il a manque les exams et donc rate son annee scolaire; 'la foule en colere a pietine la maison des presumes agresseurs...Ouf, sang en ebullition!

Revenons a nos moutons touristiques...
Avant-hier, visite un temple a Kali, que j'aime particulierement, eh bien, deception, c'etait une usine a priere,
a peine entrees on etait ejectees et  hop au suivant, et donations par ici svp, du grand guignol! Enfin.Ce fut agreable de prendre le bus et le metro et de se perdre dans les petites rues residentielles, de voir des sculpteurs a l'oeuvre, de prendre un chai et de bavarder doucement avec les locaux. C'etait jour de greve, donc dix fois moins de brouhaha que d'habitude, tres agreable. Aussi visite le lieu ou mere Theresa a vecu et oeuvre avec tant d'energie et d'humilite...Emouvant de voir sa petite chambre et de relire les faits saillants de sa vie de devouement. Encore aujourd'hui une armee de benevoles continue son oeuvre. Je vous lance en vrac des scenes inhabituelles vues ces jours-ci au quotidien:
-Des hommes en camisole se lavent a plusieurs a la pompe a eau, en pleine rue; certains se brossent les dents, se rasent, se font couper les cheveux ou lavent leur linge ou de la vaisselle, accroupis a meme le trottoir.
-Les gens sechent le linge ou ils peuvent, parfois sur des barbeles, en pleine rue poussiereuse
-Des familles au complet dorment dans la rue ou sur des terre-plein de boulevard
-Ca se racle la gorge et on crache et on pisse ou on veut, la sacro-sainte pudeur concernant les femmes ne  s'appliquant aparemment pas aux hommes, nous avons pu apercevoir quelques membres virils exposes au vent (Deux poids, deux mesures.)
-"Rubber goods for family planning" signifie que l'on vend des condoms ( allo langue de bois!)
-En plein parc du centre-ville, vu des troupeaux entiers de chevres menes par des garcons au travers des joueurs de criquet!
-Quotidien du touriste: on te dit que c'est ouvert mais c'est ferme, (ou l'inverse), que tel truc est proche mais c'est loin (ou vice-versa), que c'est a gauche mais en realite c'est a droite...Ne le prenez pas personnel, la vie est belle pis on frise naturel!!!

Ta-ta!




samedi 25 février 2012

Life's what you make it... (Did Bouddha drink cola?!)

J'etais a l'ordinateur en train d'ecrire le precedent texte, quand le gerant du guest house ou j'etais a Varanasi m'a demande de chercher le numero de telephone de l'ambassade d'Allemagne a Delhi...J'ai ote les bouchons que j'avais enfonce dans mes oreilles pour mieux me concentrer, j'ai leve les yeux et j'ai enfin remarque qu'il y avait environ douze policiers dans la place... J'ai tout de suite compris:  il est mort?

Oui, la veille, un touriste de 40 ans etait tellement stone que les membres du personnel se sont inquietes pour lui. Ils nous ont demande de venir le voir, car il avait fait la fete la veille et pris toutes sortes de substances melangees pour ensuite tomber dans un sommeil narcotique, il respirait mais  impossible de le reveiller.Mes amis et moi n'etant pas infirmiers, nous etions bien incapables d'evaluer la gravite de son etat. On l'a laisse dormir... Pour qu'un employe le decouvre mort dans son lit, le lendemain matin. Le plus triste dans cette histoire, c'est qu'il etait avec deux amis, qui avaient quitte l'hotel sans lui. Mais on a aussi entendu dire qu'il etait toxicomane depuis son adolescence. Bref quelle facon de partir... Cela ne fait que renforcer mon aversion envers la drogue, et me donner envie de prendre soin de mon corps, de cette vie qui m'habite.

Varanasi fut une overdose de bien des facons: overdose toxique fatale pour cet homme, overdose pour tous les sens... La mort etait presente; voir des corps retourner en poussiere me rappelle ce qui m'attend.
Jamais je n'ai eu si peur en traversant la rue, et jamais je n'ai ete aussi submergee par les odeurs et les bruits.
Ca use, et cela explique pourquoi, malgre la beaute des ghats, cet endroit n'est pas un coup de coeur en ce qui me concerne. Peut-etre cette ville demande-t-elle plus de temps pour etre apprivoisee...Si on y demeure en ayant un but, comme par exemple faire du benevolat ou prendre des cours de musique, ca doit etre autre chose.

Je suis presentement a Bodhgaya, lieu sacre pour les bouddhistes, puisque c'est ici que Siddharta s'est eveille a sa vraie nature et s'est libere du cycle des reincarnations. Cet apres-midi, nous avons visite une grotte ou cet etre exceptionnel a medite pendant six  ans avant d'atteindre finalement l'eveil au pied de l'arbre de la bodhi, que j'irai voir demain. Ce fut une experience deroutante que la grotte, car malgre une enseigne nous exhortant a observer un silence respectueux, il y avait des femmes indiennes qui venaient faire des offrandes en jacassant comme dans un centre d'achat. Drole de vision: quelqu'un avait depose une bouteille de coca-cola juste devant la figure du bouddha, en cadeau bien sur...Quid?

Ce petit village charmant est rafraichissant: on y croise a tout moment des moines et des nonnes au crane rase, au sourire plein de bonhomie et aux habits colores. Il y a de nombreux temples de plusieurs pays. Au coucher du soleil, je suis allee faire zazen dans le magnifique temple japonais, cela m'a fait du bien. Encore une fois, le silence fut plusieurs fois abondamment perturbe par des touristes indiens, qui soit ne lisent pas les ecritaux ou alors s'en sacrent royalement!

C'est curieux:  ici, on respecte bien des choses, incluant d'obsoletes traditions alienantes, on venere les vaches, qui ont le droit de chier partout et d'obstruer le traffic, par contre on aplatit sans merci les femmes portant des enfants dans leur bras pour monter dans le train (de la vraie sauvagerie) et on fonce sans ralentir sur des pietons sans defense, au risque d'en tuer ou d'en estropier quelques-uns, au nom d'un machisme invetere double d'une stupidite crasse qui fait qu'un chauffard (qui se croit demi-dieu) prefere appuyer a fond sur le klaxon qu'effleurer la pedale de frein, on a son honneur hein? Zut, j'ai parfois des montees de lait, notamment sur la route, a voir tant d'imbecilite au kilometre carre! Je vais retourner mediter afin que cela ne finisse pas en cas de rage de passager de rickshaw!!!  Om, shanti om!

Vous ai-je parle de l'omnipresence des animaux? Vaches et leurs veaux, buffles aux cornes impressionnantes, chevres de tout poil, chiens galeux, dromadaires, elephants, anes, singes, chevaux...Vous en verrez passer de tres pres, ils sont a leur aise partout et vous aurez parfois a vous chamaillez avec eux, comme hier soir  ou j'ai du presser le pas et jeter une pierre  a un groupe de chiens errants qui en voulait a mes chapatis fumants... Hum, pas reposant!

Apres trois mois de voyage, je commence a avoir des fantasmes  inassouvissables, tels: des montagnes de legumes vapeur (sans beurre ni huile svp!), du the vert japonais, du chocolat 70%, des petits fruits des champs, du vrai bon tofu, des salades repas, de la biere de micro-brasserie, un verre de vin digne de ce nom, et dans un autre registre, un traitement d'ostheo pour mon dos en compote, et un massage de Francine!!!
Mais ce qui me manque le plus, c'est de serrer dans mes bras mes amis tres chers, puis aussi d'avoir du temps seule, sans  personne qui entre dans ma bulle, et du SILENCE. Du silence veloute, cremeux, epais et savoureux comme de la creme champetre sur des framboises fraiches.

mardi 21 février 2012

LIFE IS BORING IF IT'S NOT JUICY

(Ce titre est issu d'une authentique pub de jus de fruit!!!)

Varanasi est assez juteuse merci! Mais d'abord, retour a l'ordre chronologique...

Pour passer de Jaisalmer a Pushkar, j'ai du prendre deux autobus pour un total de pres de 12h de transport, et le depart a l'aube m'a laissee glacee jusqu'aux os. Les bus locaux, peu chers mais crottes et bringuebalants, sont un test pour ma patience. Lors du deuxieme trajet, ma voisine au demeurant fort charmante m'a obstinement rentre son coude dans la cage thoracique pendant trois heures, allaitant son bebe d'un an qui a tout fait sur moi: crache, tousse, morve, essuye ses doigts huileux sur mon pantalon, et meme... fait pipi sur le banc.A propos, il faut apprendre a decoder quand est-ce qu'on peut aller pisser, car evidemment le chauffeur n'annonce jamais rien d'avance. S'il coupe le moteur, c'est bon signe: on a environ deux-trois minutes top chrono pour: reperer les chiottes (souvent un simple muret de ciment a ciel ouvert, ou l'on se soulage a meme le sol de terre, sans eau ni egout, wow j'en connais qui flipperaient), se reculotter, attraper une bouteille d'eau au besoin et se precipiter a travers les gens qui se bousculent pour remonter a bord a temps, tandis que le chauffard redemarre sans attendre, pas de quartier! Car il y a deux sortes de conducteurs en Inde: ceux qui sont a moitie fous, et ceux qui le sont pour de bon. Je n'ai jamais autant parle a mes anges gardiens qu' ici, quand les males au volant (calamite qui reduit l'esperance de vie comme peau de chagrin et  croit mordicus detenir le monopole en matiere de priorite) foncent virilement vers ce qui semble etre une collision frontale certaine, le tout pour effectuer un depassement hautement risque et gagner trente secondes dans un trajet qui de toutes facons ne sera jamais rapide, routes deglinguees et circulation dense obligent...
Un circuit qui au Quebec prendrait une heure et demi en prend six en Inde, c'est une vitesse d'escargot.
Mais bon, c'est vrai que j'ai tout mon temps!

En voyage, parfois le temps se fige et coule paresseusement, ralenti, comme une riviere obstruee par des embacles, et d'autres fois il fuit comme un torrent de montagne impatient. A Pushkar, deuxieme coup de coeur, j'ai ressenti un grand calme descendre dans mes os, denouant mes nerfs et apaisant toute tension, me laissant dans un bienheureux etat quasi larvaire, a me chauffer au soleil et a lire, affalee sur des coussins, sirotant d'innombrables chai; chaque jour ressemblant comme un jumeau au precedant, mais sans ennui, bien au contraire! Quel delice... Alanguie, detendue, je me suis refait des forces et j'ai aussi vecu de bons moments de vie sociale, grace a Chloey, une Australienne super "smatte" rencontree a Jaisalmer et qui m'a fait connaitre le U turn guest house,  devenu mon chez moi pour une semaine, avec son "staff" jeune et souriant, sa bonne bouffe et sa vue incomparable sur le lac sacre.

Ma chambre, fort modeste ( mais a 3$ je n'oserais me plaindre!) est au rez-de-chaussee, et a l'aube j'entends les pelerins psalmodier et faire tinter des cloches, car ce lieu est a visiter au moins une fois dans la vie de chaque devot hindou. On le venere comme etant le lieu de la creation du monde, rien de moins! Ici repose un des quelques Brahma temple au monde, et la legende veut que le lac soit apparu lorsque le createur Brahma a laisse tomber du ciel une fleur de lotus bleue. Il y a 52 ghats pour se baigner (comment traduire ce mot? Ce sont des escaliers imposants qui descendent jusqu'a l'eau), et une importante buisiness de pujas s'y deroule. Ce sont des offrandes ritualisees, avec fleurs, encens, noix de coco, etc. Je m'y suis fait prendre, comme une debutante, et je me suis sentie un peu pas mal pressurisee pour faire un don (les brahmans reclament des gros sous aux touristes). Eh oui le bon karma s'achete avec des roupies, soupir!

La rue principale est bondee de boutiques de vetements hippie, (de bon et de mauvais gout) a des prix tres abordables. L'attraction principale, hormis le lac, est le temple de Saraswati, simple mais perche au sommet d'une colline qui donne une vue majestueuse, a redonner le souffle a un asthmatique! Deux fois, j'ai escalade les marches escarpees, au risque de me faire bousculer par un petit troupeau de chevres qui devalait en trombe, et j'ai du me battre au "souk a la corde" avec un gros singe male, qui a tente de me voler mon sac a dos pour s'emparer d'une orange! Que d'action, a chaque coin de rue je vous dis! Vu un jeune garcon qui jouait d'un instrument de musique evoquant le violon (semblable a un kamankche), et son frerot de deux ans, turban sur la tete, qui dansait en tournant, tout crasseux mais o combien heureux de vivre! Merci petit bonhomme pour ta bouille d'ange et ton rire inoubliable.

J'ai du prendre pres de cinq livres en une semaine, car en plus de mon inactivite vegetative, nous fumes invites a participer a un mariage qui s'est etale sur trois soirs, ainsi qu' a deux anniversaires d'enfants, donc on s'est fait gaver de nourriture aussi abondante que delicieuse. Nous avons bien danse, et ce fut hilarant, car les hommes sont tous assez "show off" et adorent se tremousser le pelvis en faisant du lip synch: ils connaissent toutes les choregraphies des videoclips et s'y mettent a plusieurs pour donner un chaud spectacle! La bonne humeur regne, on ne se prend pas au serieux ici, c'est un esprit joueur et bon enfant qui  anime tout ce beau monde... Les femmes sont plus discretes mais certaines ont tout de meme droit a leur cinq minutes de gloire quand elles se lancent dans une danse mi elegante, mi lascive, ondulant des hanches avec art.

 Nous avons participe au fameux defile des maries en dansant avec les musiciens (quel cacophonie, deux-trois rythmes differents pour une seule fanfare!), et lance une pluie de petales de fleurs sur les epoux du haut d'un balcon, j'etais excitee comme une petite fille a Noel! A un moment, une vache apeuree par un gros petard a fonce sur la foule pour s'enfuir (ca prend des bons reflexes!) Au son des tambours, les gens dansaient comme des dechaines, souleves par une liesse passionnee, le sourire fendu jusqu'aux oreilles, hurlant et riant, animes d' une energie brute, primitive. J'ai adore mon experience, meme si j'ai encore pris froid le soir ou j'ai revetu mon sari (pas evident par ailleurs de danser sur de la musique techno avec ca!).

J'ai fait deux massages payants (des pinottes mais bon c'etait pour des amis) et un des gerants du guest house m'a dit que si je restais, il me trouverait des clients moyennant une commission. J'ai decline mais si je manque d'argent je pourrai me debrouiller sans doute. Ca m'a donne mal au dos de masser sur un lit, ce n'est pas l'ideal mais ca permet de ne pas perdre la main!

Vu un concert intime de musique soufie (Quawal) que j'adoooore: harmonium, chant intense qui eleve l'ame et percussions. (Rajastan Josh et Divana group, de Jaisalmer, venus jouer dans notre hotel!) J'etais si touchee que j'ai verse des larmes, et j'etais gonflee a bloc apres, impossible d'aller dormir.

Le 14, jour de la St-Valentin, je quitte en bus pour Bundi, trajet de 160km qui dure plus de six heures.
A l'arret pipi, j'ai vu les chiottes les plus puantes de ma vie, avec des cochons qui nous passent entre les jambes pour grignoter de fetides ordures, miam! Mes regles commencent, j'ai un torticolis de la muerte,tout le dos en marmelade, je me tape une rechute de sinusite, puis bientot une nouvelle indigestion et tout ce qui s'ensuit...merde alors! Bref mon arrivee a Bundi n'est pas glorieuse. Je me sens seule et deprimee, exasperee par les mecs qui veulent me marier et me faire un bebe apres m'avoir parle dix minutes!!! Lu: Holy Cow, bouquin hilarant relatant l'histoire d'une Australienne venue vivre en Inde deux ans, cela m'a reconfortee en quelque sorte...

Ce n'est pas tout, j'ai une question qui resonne en moi: puis-je m'abandonner a aimer sans peur?
LIFE IS ABOUT LIVING... IT IS THE CELEBRATION OF A MYSTERIOUS GIFT,
and the most religious thing we can do is enjoy it. To laugh joyfully and with gratitude is
the same  as giving thanks and praise through prayer.       -Joyce Carey                  

A Bundi, c'est charmant mais je sens que j'en ai assez de deux nuits, j'ai vite fait le tour et visite le palais en ruine, le fort, et vu le lac, ca me suffit. Redepart, en bus de nuit vers Khajuraho.C'est pas simple, il faudra que je change d'autobus trois fois, encore un seize heures de deplacement. Sourire du destin, je recroise France, une montrealaise d'abord vue a Jaisalmer, et nous partageons une chambre et placotons dans une bonne entente simple et sans chichis! C'est agreable. L'hotel ressemble a un monastere (en moins propre, heurk), c'est calme mais il y a un couvre-feu ridicule (il faut etre rentrees avant 22h car le vieux monsieur ferme la grille a cle pour la nuit!) .

C'est une petite ville tranquille, entouree de campagne verdoyante. Nous visitons la vielle ville et sommes assaillis d'enfants qui mendient, c'est vraiment trop... Khajuraho est reputee pour ses 25 temples epoustouflants, datant du dixieme siecle, tres bien conserves et faisant partie du patrimoine mondial.  Bijoux d'architecture et regal pour les yeux, ces oeuvres d'art rassemblent le sacre et le terrestre, car sur les parois exterieures on retrouve des scenes de la vie courante (pretres, guerriers, epoux, musiciens, animaux) mais aussi de nombreuses representations erotiques. Les sursundaris ou apsaras, beautes celestes, sont des nymphes gracieuses et voluptueuses qui entourent les couples enlaces dans des etreintes parfois acrobatiques, torrides et tres explicites. Pourquoi des scenes de sexe sur des lieux de culte? Plusieurs hypotheses existent a ce sujet, selon les differents historiens. L'une est de faire office de catharsis, pour debarrasser les devots de leurs pensees impures avant d'aller au temple (procede dont l'efficacite me parait douteuse), une autre est que l'acte d'union charnelle symbolise l'union de l'ame humaine avec le divin. Un des temples, dedie a Shiva, abrite un lingam de dix pieds de haut, forme cylindrique evoquant le phallus, rappelant la force creatrice originelle qui a faconne l'univers. Cette abondance visuelle m'a plongee dans un silence invitant la meditation  et quand je vais me retrouver seule j'ai envie de faire un jeune et une mini-retraite personnelle de contemplation. Oui, j'ai un regain d'envie de purification, de centration, faire le vide un brin...J'aspire toujours a la serenite, meme si elle m'echappe plus souvent qu'autrement.

La derniere journee, nous allons au bord d'une riviere, en passant par de petits villages ruraux, tres pittoresques. Je nage une heure dans l'eau fraiche et me sens revivre: besoin de retrouver un peu de mouvement, prendre soin de mon corps. Pas fait assez de sport depuis trois mois-besoin d'endorphines!

Puis, encore un train de nuit, pour aller a Varanasi (Benares), ou nous arrivons pile poil le jour de Shivaratri, fete importante celebree en fevrier et mars a la lune noire; temps de reflexion et de priere, ou l'obscurite de la nuit devient la metaphore des opposes: tout comme la nuit suit le jour, la mort suit la vie... Donc pour l'occasion, il y a des centaines, non des milliers de pelerins qui viennent faire la file pendant des heures sous le soleil cuisant pour avoir la chance de poser leurs offrandes au pieds de Shiva, c'est quelque chose a voir!

Le soir, il y aura un defile exhuberant a souhait, avec des enfants deguises en divinites colorees, des musiciens, des jeunes gens en delire qui nous barbouillent le front de rouge et nous donnent des poignees de sucre beni...L'appareil photo de France clique sans arret!Ce soir-la, bien des gens boivent des "bang lassi", des laits frappes avec de l'herbe (dope) dedans, tres peu pour moi! On ne rentrera pas tard, pour eviter les problemes, et a l'hotel on rencontre trois montrealais avec qui on fraternise autour d'une biere,  dont une jeune fille qui connait la meilleure amie de France, it's a small world!

Je n'arrive pas a trouver les mots justes pour decrire la sensation d'arriver ici, dans cette ville grouillante, malodorante (bonjour remugles de pisse fermentee, de monoxyde  et d'egouts!), sainte, crade, folle, captivante, unique; l'une des plus anciennes cites (continuellement habitee) au monde. Des les premieres heures a arpenter les ghats, on tombe sur le site de cremation, on voit des corps recouverts d'un simple drap blanc se faire installer sur des buchers et s'enflammer...Jusqu'a quinze ou vingt cadavres sont incineres en meme temps, a ciel ouvert, au bord du Gange, le meilleur lieu selon les hindous pour cesser enfin le cycle des incarnations. Les fumees acres me donnent la nausee au bout d'un moment. Les chiens, les vaches et les chevres se promenent librement sur le site, grignotant de-ci de-la des guirlandes de fleurs et autres machins non identifies, et les employes, qui travaillent sans relache 24h sur 24h, repoussent dans le feu un pied tombe a cote, replacant le corps calcine d'un coup de baton peu delicat, c'est pour le moins particulier... Je me sens tout de meme privilegiee d'etre la, c'est un des endroits que je tenais a voir absolument. Sauf exception, les gens ne sont pas tristes, c'est une liberation pour leurs proches. On peut voir, a meme les marches, les fils endeuilles se faire raser le crane en signe de deuil.

Il y a une abondance de sadhus (vrais ou faux), saints hommes nus enduits de cendres ou vetus d'orange, assis et attendant le bon vouloir des croyants pour se nourrir et/ ou macher leur pan (mixture repugnante de tabac et de parfum, que les hommes recrachent en jets rougeatres qui abiment les dents). Hier, nous avons du marcher quinze kilometres et j'ai eu la surprise de retrouver la petillante Loutte rencontree a Hampi, Youppi!
Nouveau clin d'oeil du sort, elle creche au meme hotel que nous!!! Hier donc, alles souper en bande, Quebecois, Francais, Japonais et Polonais melanges, (delicieuse pizza mais mechante perte de temps pour negocier nos rickshaw) et dormi seulement quatre heures pour aller au bord de l'eau avant le lever du soleil, trouver un bateau a rames (que de marchandage, mamma mia c'est epuisant a la longue). J'ai eu la mauvaise surprise de marcher jusqu'a la cheville dans l'eau du Gange (dans le fond du bateau, entre deux planches disjointes), ce qui devrait purifier mon pied de tous ses peches mais du meme coup l'ex[pose a une soupe d'un million cinq cent mille bacteries au centimetre cube...Je ne m'en fais pas trop, il y a des gens qui se brossent les dents avec cette eau, (ils ont plus de foi que moi), mais j'ai quand meme lave mon pied au savon et a l'acool en revenant a ma chambre!!! Ah oui: vu aussi un spectacle de theatre costume tres comique, hier soir, incarnant Krisnha pourfendant des mechants,  c'etait du grand kitsch, quasi psychedelique!!! Savoureux mais a prendre a petites doses, comme un dessert trop sucre!

Qu'ajouter?

"The ultimate answers cannot be given, they can only be received." -Tom Robbins (excellent romancier!)

Merci de me lire les potes, ca me fait plaisir. A la prochaine chronique!!!