jeudi 14 juin 2012

Saibadee! (bonjour)

J'ecoute Red Hot Chili Peppers dans le resto de mon gite, internet est gratuit, je viens de manger un delicieux curry khmer, youppi  je trippe fort d'etre au Cambodge mais... retour a l'ordre chronologique!!!

Au Laos, j'ai relu Kafka on the shore de Murakami et un passage m'a frappee: le personnage principal, fascine par une foret dense ou il est dangereux de s'aventurer, apprend que les Grecs anciens ont eu l'idee du labyrinthe en voyant des intestins d'animaux; d'ou cette reflexion existentielle que ce qui est dehors est comme ce qui est dedans et que souvent, on prend ce qu'il y a de sombre en soi, dans nos tripes et  notre inconscient et on le projette a l'exterieur. Puis ce jeune homme (ado de 15 ans qui se cherche) se fait dire par un androgyne : tu as l'air de rechercher quelque chose et en meme temps de fuir ce quelque chose... Mmm parfois je crois que Marika cherche trop (l'eveil, l'amour, la liberte) et qu'en meme temps elle resiste, dans un mouvement qui tourne en rond comme un ecureuil qui court apres sa queue. D'ailleurs, sans etre malheureuse ces temps-ci je me sens redevenue adolescente en ce sens que je me percois comme pleine de potentiel non realise et confuse quant a la suite des choses. Pas d'inquietude les amis: je n'ai pas fini d'explorer le dedans comme le dehors.

Vous ai-je dit que le nom du Laos vient de Lang Xang, qui signifie: land of a million elephants?
(On peut faire des ballades a dos de pachyderme mais je ne me suis pas pretee au jeu.) Ce fut un long trajet de 9h pour passer de Luang Prabang a Nong Khiew, qui est un endroit charmant et photogenique. J'ai loue un bungalow, modeste cabina un peu disjointe avec toilette "turque" peu ragoutante mais avec vue sur la riviere et hamac! Il y a bien des moustiques et des papillons de nuit gigantesques. Deguste de delicieuses algues de riviere  avec du riz collant, visite une grotte ou les villageois se sont refugies lors de la seconde guerre d'Indochine. J'ai du pateauger dans la boue mais le trajet valait le coup, j'ai traverse des champs ou les gens travaillaient avec leurs buffles, vision pittoresque s'il en est. Il pleut beaucoup, je lis tout autant.

Je prend le bateau pour aller a Muang Ngoi Nua, village voisin qui n'est desservi par aucune route et ou il n'y a pas d'electricite, mis a part les generatrices qui fonctionnent de 18h a 22h! C'est...un tantinet deprimant. J'ignore pourquoi ca me fout les jetons, mais le fait est la, une nuit sera assez pour moi! Il n'y a rien de rien a faire a part de la marche et c'est plein de sangsues. Bof. Je me soule legerement au mojito fait avec du lao-lao, le "whisky" local...et j'ai les bleus car je ne peux pas rejoindre mon cher A et je m'ennuie. C'est trop calme et restreint comme lieu, j'en etouffe presque. Ca prend (sans blague) cinq minutes visiter le village. Pourtant, le lendemain je rencontrerai une femme qui a adore passe trois semaines la, travaillant avec les locaux dans les rizieres. J'ai, parenthese, goute au mango sticky rice,  succulent dessert au lait de coco.

Rebelote: presque une autre journee de deplacement pour revenir a Luang Prabang le temps d'un dodo puis enchainer avec un bus de nuit pour Vientiane: le paysage nocturne est magnifique avec les montagnes nappees de brouillard et la pleine lune envoutante. La capitale ne me charme pas mais il y a de quoi s'occuper un brin. J'ai mal a un doigt et ca empire apres un massage vigoureux: la jointure de mon majeur est enflee et sensible au toucher, sorte de douleur que j'associe (a tort ou a raison) a de l'arthrose, ce qui me donne une sueur froide. Je lis Katherine Pancol: personnages sympa, histoire legere et tonique. Je vais a l'ambassade indienne mais il est trop tot pour renouveler mon visa.

 Je prends un dortoir pour la premiere fois car les chambres simples sont cheres (l'argent file un peu vite a mon gout). Trois gars  nous content leur mesaventure. Ils sont alles sur le quai s'allumer un joint et se sont retrouves entoures de huit hommes armes de mitraillettes (des soldats) qui voulaient les amener au poste de police, ou ils auraient ete dans la grosse  merde: passeports confisques et 500$ d'amende chacun en theorie. Les mecs, qui travaillent en Thailande, connaissent la chanson; ils ont donne 700$ a trois pour acheter la paix. (Ca fait cher la fumette!) Votre humble scribe n'ayant aucun penchant envers ce genre de substance, je ne risque pas de me mettre dans un tel petrin. Curieusement, la drogue est illegale mais dans bien des cafes on peut commander des happy shakes/cookies/pizza, contenant de la mari.

J'ai visite l'ancien temple royal et j'ai ete temoin d' un etonnant rituel: les fideles caressaient les bouddha trois fois de suite, sur le torse ou les jambes; ca paraissait etrangement sensuel pour un geste de devotion! J'ai vu une curiosite pas banale: le Bouddha Park, ou un illumine mystique qui se declarait chaman, pretre et yogi a construit un site religieux qui fait la synthese de l'iconographie et des croyances de l'hindouisme et du boudhisme.  Il y avait notemment une citrouille geante dont l'entree etait la gueule d'une creature inquietante, des dieux a plusieurs bras et tetes, des cranes, des scenes du paradis et de l'enfer...Bizarre et unique. Visite le temple le plus ancien  de la ville, orne de centaines de petites niches abritant des bouddha.J'ai marche pres du Mekong, bu de la biere bien froide en grignotant des algues (je suis accro) et je me sens plate, ennuyante, vaguement eteinte. Le soir, un orage du tonnerre (!) me ranime en fouettant mes sens: eclairs, vent puissant, sons violents, air frais, gouttent qui claquent sur la peau, tout cette energie en  mouvement me ravigote.

Je me sens plus seule ici qu'en Inde, les touristes se parlent moins. Peut-etre parce que le Laos est plus doux, moins confrontant, donc on ressent moins le besoin de fraterniser? Ou c'est moi qui est trop fermee? Le lendemain, je decide de m'activer et me rend a ce qui doit etre le seul gym de tout le pays! Pour 8$, j'ai acces aux machines, au sauna, au jacuzzi, a la piscine  en plus d'avoir droit a un massage d'une heure suivi d' une tasse de the! La masso, toute menue, etait puissante et appliquee. La seance d'exercice intense et la flottaison en apesanteur m'ont adouci les moeurs.  Le soir venu, pris un enorme mastodonte baptise King of Bus pour aller a Pakse. Encore un trajet nocturne ou on dort plus ou moins.  Faut ce qu'y faut!

Je partage une chambre avec Judith,  Hollandaise de 32 ans qui a laisse sa job pour voyager 6 mois.
On loue des velos; il fait un peu chaud pour ca mais il pleut a l'improviste pour de courtes averses rafraichissantes. Cette ville est modeste et surtout courue en tant qu'etape vers le plateau des Boloven, parait-il magnifique mais je ne m'en sens pas le courage (encore des routes cabossees). DONC, une seule nuit puis en route pour les 4000 iles! Ca a une reputation tres cool. On est cordes dans un minivan, puis on prend un bateau-plateforme et ta-daaa! Nous voici a Dondet, ile super tranquille et languissante, routes de terre, aucune voiture- justequelques touktouk, moto et velos, plein de vaches qui broutent de-ci de-la.
Nous avons un bungalow super propret pour 6$! Le soir venu, febrilite causee par le match de foot: Hollande versus Angleterre, retransmis tant mal que bien (!) et enterre sous les clameurs des buveurs de biere et d'alcool de riz cheap. Je jase avec Mark, un Polonais qui vit et travaille en se deplacant depuis deux ans. Le lendemain de cette soiree bien arrosee, plusieurs ont mal aux cheveux, mais pas moi: je me suis arretee a temps. Cependant ces jours-ci, je note une lassitude au reveil et je m'interroge: est-ce mon ame ou mon corps qui est fatigue?

Il fait chaud, je me sens fragile et en meme temps engourdie emotionnellement, rendue insecure par un probleme de communication avec mon ami-amant-amour... Je n'aime pas comment je me mets moi-meme en stand-by, parfois. Un peu de maturite, que diable! J'oscille entre joie enthousiaste et envie d'abandonner, j'alterne entre courage et pessimisme; je ne me trouve pas douee pour les relations a distance. C'est un moment riche car j'observe mes reactions: voila, ca aussi c'est la. Comment je peux m'aimer dans tout ce fatras? Me donner du support a moi-meme?

Velo, siestes, hamac, lecture, jasette avec un couple de Francais absolument charmants, jeunes trentenaires  (amoureux depuis 17 ans et radieux), partis pour un an avec leurs deux enfants (5 et 9 ans).Rencontre Anna, une Anglaise qui enseigne depuis 2 ans au Vietnam, et Sophie, une Belge qui enseigne en Asie de facon intermittente...Prof de langue, un metier propice au nomadisme? A suivre! Je pensais me rendre jusqu'au Cambodge dans ma mise a jour mais helas il se fait tard...Mettez ca dans votre pipe pour l'instant:


"As-tu deja remarque que le ciel est une immense pature de lumiere?"
-Jim Harrison








dimanche 3 juin 2012

Au clair de la lune, mon ami gecko...

Le 19 mai, apres avoir poireaute pendant TROIS heures debout sur un trottoir dans la chaleur moite (merci agences de voyage qui mentent comme des arracheurs de dents!) j'ai enfin pris le bus qui m'a menee au Laos. Dans la navette, j'ai rencontre un voyageur qui ressortait du lot: tres charge de bagages et d'un calme olympien, ce grand gaillard de 27 ans, originaire d'Egypte, est en train de realiser un nouveau record. Parti depuis cinq ans, il ambitionne d'etre le premier a aller dans chaque pays du monde, un a un. Parfois il ne demeure qu'un jour (Uruguay), parfois un an (Bresil)! Il a la marotte de vouloir lever le drapeau de son  pays partout, ce qui me rend perplexe dans la mesure ou il porte un discours de paix du genre: nous sommes tous freres, les frontieres ne veulent rien dire...Moi qui n'aime pas trop les etendards, ca me questionne  mais je salue sa determination et j'admire sa tenacite. Tout a commence quand un adulte a demande a l'enfant de quatre ans qu'il etait ce qu'il voulait faire plus tard. Sans hesiter, il repond: aller au Japon! Il revait de pays lointains. Son grand-pere lui a dit: ne laisse personne te persuader que c'est impossible, tu dois garder ton reve vivant. J'ai dit a Ahmed Haggagovic (vous pouvez lire a son propos sur Fbk): c'etait quelqu'un de bien, ton grand-pere... et a cause de cette parole, il m'a donne, au moment de se separer, une sorte de medaille qu'il portait au cou, en me disant d'un air penetrant: crois en ton reve, quel qu'il soit! Ouf! Hors du commun comme rencontre.

Le passage de la frontiere s'est deroule sans heurt, dieu merci- j'avais entendu des histoires pas agreables.
Apres 24h de trajet, j'arrive a Luang Prabang, ville charmante qui fait partie du patrimoine de l'humanite protege par l'Unesco. Je prends le premier hotel du bord; dans le reglement affiche sur le mur on peut lire: Do not bring both men and women which is not your own husband or wife to make love. Do not bring prostate and others into room to make sex movies. (!)... Messieurs, laissez votre prostate au pays! (ils voulaient dire prostitute of course!) If you do not follow this regulation you will be fight based on Lao law (attention!)

Le lendemain, je deniche un guest house plus modeste, plein de toiles d'araignees et dont la salle de bain commune semble avoir ete laissee a l'abandon dans les annees 90, mais a quatre dollars, ca fait mon affaire!
C'est une maison en bois qui a une ambiance chaleureuse et c'est tres bien situe. Quel bonheur, delice, joie d'etre dans cette bourgade alanguie ou le chant des grillons domine celui des rares voitures.; une pause meritee ou tous mes nerfs se detendent. Je loue un velo pour a peine plus d'un dollar par jour, c'est agreable ici de sillonner ces rues paisibles. On peut longer le Mekong, les maisons sont superbes, il y a une abondance de commerces pour nous, les touristes: cafes internet, restos, boulangerie, librairie, agences de voyage, etc. Il ne me manque qu'un hamac pour atteindre le sommet de la perfection! Je decouvre la biere locale, Beer Lao, franchement meilleure que la vietnamienne, je me regale au marche de nuit (buffet vege pour 1$!), je zigzague d'un temple a l'autre. La lenteur, la douceur tranquille de ce lieu penetre dans mon systeme, comme un traitement anti-stress en profondeur! J'ai pris un massage de 30 min, ca ressemble comme deux gouttes d'eau a du Thailandais:  des acupressions effectuees sans huile, c'est bien.

Juste en face d'ou j'habite, il y a de jeunes hommes tout d'orange vetus: ils menent une vie monastique le temps de faire leurs etudes secondaires. Ils se levent a quatre heures pour prier, parfois leur tambour me reveille mais j'aime ca. Plusieurs revent de devenir professeur d'anglais! J'ai jase avec d'autres voyageurs au long cours, certains tres peace, plusieurs qui sont comme moi en vadrouille pour un an, parfois plus. Je suis un peu melancolique quand je vois des couples main dans la main, car en effet c'est tres romantique comme endroit, mais mon beau brun est loin.  Je visite le palais royal, je me perds a velo dans un quartier residentiel et fais une petite chute ou je m'ecorche le coude, mais rien de grave. J'essaie de me lever tot afin de m'activer avant que la chaleur ne soit insupportable. Je fais une petite sieste le midi, je bois beaucoup d'eau citronnee. Visite un petit musee ethnique, puis decouvert une librairie tenue par des Quebecoises (mere et fille). Nous echangeons a propos des evenements entourant la greve etudiante et la loi 78. Ca me bouleverse a chaque fois que je vais sur facebook de voir ce qui se brasse et d'etre si loin...Mais ca me donne espoir en meme temps, c'est une porte ouverte au changement. Assiste a un petit defile de mode traditionnelle, achete des fruits et legumes au marche local, lu d'excellents bouquins (dont un d'Hanif Kureishi et un d'Amin Zaoui, un regal!). La saison des pluies commence, il y a souvent des averses, du tonnerre. J'ecoute les cris des petits lezards losqu'ils chassent les moustiques (gecko en anglais). Je me recentre, me replonge dans une certaine intimite avec moi-meme, je note mes reves. Ca fait du bien de rester une semaine au meme endroit!

Un jour, je suis allee avec un petit groupe voir une cascade dans la foret, et j'ai eu l'immense bonheur de nager et flotter dans une eau turquoise et fraiche pendant deux heures, jusqu'a en avoir un leger frisson, chose rarissime ici! Pres de la chute il y avait une corde de tarzan, j'ai encore  failli perdre mon maillot en sautant. Un Americain qui etudie en medecine me "casse mon trip" en m'informant qu'on peut attraper des parasites meme dans une eau limpide et non stagnante; il me dit de m'observer et d'etre a l'affut si j'ai des symptomes bizarres. Apres plus d'une semaine je peux dire qu'il n'y a rien a declarer! Puisque tout est au ralenti, ici, j'en profite pour essayer de manger plus lentement, de faire durer le plaisir des choses...

 Ah oui, j'ai appris qu'entre 1965 et 1973, 260 millions de bombes a fragments ont ete lachees sur le Laos et  certaines, encore amorcees, continuent a tuer des centaines de gens qui marchent dessus chaque annee...triste! En resume tres succint, au 17e ce pays etait la force dominante en Asie du sud-est mais tout s'ecroule sous le controle des Siams, qui  a leur tour cedent devant les Francais. Apres le Vietnam, ceux-ci s'emparent du Laos, qu'ils libereront en 1953. Il y a division et luttes entre une armee, alliee avec les Vietminhs, et ceux du "Free Laos". Selon la conference de Geneve, le pays est declare neutre en 1954, ce qui n'empeche pas ces "ratoureux" d'amerloques, via la CIA, d'entrainer en secret des combattants anti-communistes (la tribu des Hmong). Pour punir les amis des Vietminhs qui acheminent des armes par la Ho Chi minh trail, les forces americaines canardent massivement le nord-est du Laos pendant pres d'une decennie (on parle d'un bombardement aux 8 minutes!!!). Lorsque les GI Joe se retirent, ironiquement l'appui au communisme augmente et alors est creee la republique democratique du Laos que l'on connait presentement. 10% de la population, opposee au regime, emigre en Thailande, et les Hmongs sont brutalement extermines ou envoyes en camp de re-education. Voila pour la tranche historique!

Apres Luang Prabang, veritable coup de coeur, je fais un loooog voyage de minivan: la premiere moitiee du trajet, la route est archi-defoncee et le vehicule cahote et tangue plus qu'un raffiot en pleine tempete, (on doit rouler a 30km/h, max) et dans la seconde partie, l'asphalte est en etat mais le chauffeur se lance en fou dans les virages en lacets; resultat on a le coeur dans la gorge ( et pour certains, ca deborde effectivement).Me voila a Luang Nam Tha, porte d'entree d'un fabuleux monde de randonnee et de plein air. Coup de chance, dans une pile de vieilles revues, je trouve un exemplaire des Nouveaux contes de la folie ordinaire, de Buckowski, quel hasard je venais juste d'ecrire a mon ami Carl que j'avais envie de le relire! C'est un peu moins chaud et humide comme endroit, ca fait du bien. Les gens ici ont de beaux visages ronds et sont assez souriants, mais pas necessairement loquaces. Ca ne fait rien, je n'ai pas tres envie de parler, je me sens un peu sauvage.

Je fais un trek avec une agence, nous sommes un petit groupe de sept, le guide est sympa et le site enchanteur. En deux jours nous marchons pres de 30km dans une foret protegee, une vraie jungle luxuriante, pleine de bananiers geants, de fougeres, de bois deTek, de Mahogany (acajou?), certains arbres ont pres de 200ans, et a 10km de la, il y a des tigres, des ours, etc. Le relief est varie, parfois glissant, on passe sur de petits ponts, on doit faire gaffe aux sangsues tenaces, (un touriste japonais avait le pantalon rougi de sang!) ainsi qu'aux abeilles en colere et le soir on dort dans un village (qui recoit 25% du tarif que l'on paie), dans une modeste cabane en paille, la nourriture est bonne et on a le plaisir de jouer avec les enfants, adorables et energiques. Les villageois cultivent des champs dans la jungle pour survivre. Ca doit etre dur physiquement, avec cette chaleur! Une saine fatigue me saisit apres ces deux journees intenses.

Hey, je creve la dalle les amis, je m'interromps ici pour cette fois. Et puisque j'ai egalement soir, je vous laisse avec cette citation:
QUAND TU BOIS, SOUVIENS-TOI DE LA SOURCE.


mercredi 23 mai 2012

Hello Goodbye

Voila la tirade qu'un jeune homme avait lancee a mon amie, quelque part au pays d'Ho Chi Minh, dont c'etait l'anniversaire le 19 mai (branle-bas festif dans les rues ) et cela resume l'impression de "ne faire que passer" ressentie au Vietnam. Je n'ai en effet pas ressenti de coup de foudre pour ce pays.

Le dernier soir, nous avons eu la chance d'etre en agreable compagnie avec Giang, une ravissante jeune femme qui parle un francais impeccable et qui travaille comme  guide, fiancee d'un ami quebecois. Ce fut un moment paisible et nous avons pu lui poser des questions, j'espere qu'elle ne nous a pas trouvees trop indiscretes!

Anne et moi  nous sommes separees avec des tremolos , elle va me manquer  mais on se reverra dans six mois a mon retour a Montreal.  Je reviens sur ma derniere journee la-bas, car cela fut intense emotionnellement.

Je suis allee visiter le musee des femmes et cela m'a bouleversee. Des documentaires filmes et des temoignages ecrits, des photos eloquentes, des statistiques qui rentrent dedans. D'abord, les marchandes qui travaillent dans la rue a vendre des fruits ou des souvenirs avec leurs paniers sur l'epaule. Plusieurs font de longues journees pour un maigre salaire (ex:15h pour 2$ de profit), elle doivent souvent laisser leur famille derriere dans leur village natal, se taper la cohue d'Hanoi et vivre a 9-10 dans un logement; resultat elles s'ennuient des enfants pour lesquels elles font ce sacrifice et certaines sont le seul soutien du foyer (veuves ou mari invalide). Aucun avenir autre que la stricte survie, avec un metier ingrat ou il y a beaucoup de competition. Et malgre tout, une grande partie de celles interviewees gardait le sourire. La femme semble vraiment etre un pilier, comme le dit un dicton vietnamien: l'homme construit la maison, la femme construit la famille.

Le mur qui m'a arrachee des larmes: des centaines de photos de femmes agees, marquees par la vie, certaines au regard eteint et resigne, aux rides durcies, mais d'autres avec encore  une lumiere et un sourire malgre la souffrance enduree. Ce sont les "meres heroiques", reconnues par la nation pour leurs sacrifices en temps de guerre. Souvent veuves, certaines ont vu leurs neuf ou dix enfants decimes par les conflits armes, et l'etat leur a accorde une aide financiere et humaine pour tacher de compenser leur sort peu enviable. Une femme artiste d'une soixantaine d'annees parcourut le pays a moto pour aller recueillir leurs confidences et faire leur portrait afin de garder la memoire de ce vecu. Je voyais sa compassion et son humanite dans sa facon de les regarder, de leur tenir la main ou de leur toucher le dos avec douceur et chaleur, decidement une femme au grand coeur! Quelle resilience pour survivre a tout ca. Cote patriotique, on celebrait (la on peut penser ce qu'on veut, il y eut de la propagande mais ce que j'admire c'est le courage et l'integrite de ces femmes) l'apport des vietnamiennes a la resistance (envers l'occupation francaise et les americains bien sur). Il y eut des heroines aussi jeunes que 14-15 ans qui ont combattu activement au peril de leur vie pour tacher de conserver l'independance de leur pays. Engagement et determination incroyable pour de centaines de femmes, soldates, infirmieres, espionnes, travailleuses qui creusaient des tranchees ou reparaient des routes endommagees par les bombardements. Ce qui me frappe, c'est a quel point il est ardu de faire descendre les Quebecois dans la rue , de les decoller de leur TV pour aller protester...
Bref je suis sortie de ce musee sonnee, ebranlee.






vendredi 18 mai 2012

Dragon de fer, tigre de papier

"Socialist Republic of Vietnam: independance, freedom, happinness"
=Ecriteau affiche dans un hotel. (En passant, le rapport qualite-prix est etonnant ici: pour 15$,
on peut trouver une chambre double, avec piscine dans certains cas, serviettes et air climatise!)

Hoi an reste un grand coup de coeur en ce qui me concerne: c'est touristique certes, mais joli et relax. Nous avons arpente la ville a pied le soir pour admirer ses vielles maisons eclairees par des lanternes de papier, loue des velos pour aller a la plage, recroise Walter nous gratifiant d'un "salut les Lara Croft!", saluant ainsi notre cote sportif, vue une ceremonie religieuse bouddhiste au coucher du soleil avec gongs et clochettes, decouvert notre resto prefere (le Mermaid, hallucinant de saveurs), flane au bord de la riviere...Assiste a une hilarante partie de bingo chantant, recroise un couple de Quebecois vus dans le delta du Mekong, puis  le dernier matin avant le depart, pris deux taxi-motos pour nous amener a la montagne de marbre, ou plusieurs artisans sculptent avec talent des lions, tigres et dragons de tous styles et ou se trouvait une immense grotte abritant en son coeur un imposant Bouddha de quatre metres de haut, lieu majestueux et reposant malgre le flot de visiteurs.

Puis, l'arrivee a Hue fut de sinistre augure: nous avons mange du tofu gris qui goutait le rat mort...Eurkh!
(curiosite vue sur le menu: "reunion ebullition colon montee des eaux" ...euh? je vais passer mon tour!)
Cette ville n'est pas charmante du tout, son seul atout etant la citadelle, et les nombreuses cigales qui jouent en permanence un puissant concerto  strident! La chaleur est accablante au point de me sentir etourdie. Nous prenons une visite guidee et la journee s'avere trop longue (surchauffe sous le capot!) On voit cette fameuse citadelle, detruite a 75% par les guerres et le climat, un peu decevante. Vu une belle pagode ,un tombeau royal assez impressionnant, entoure d'un jardin et d'un plan d'eau, deguste un alcool au ginseng (pour la virilite!) et fait une croisiere d'une demi-heure sur un bateau orne de tetes de dragon. Nous avons soupe dans un restaurant japonais qui embauche des jeunes de la rue et les aide a retourner a l'ecole. (Jai tellement bu de delicieux the glace ce jour-la, que j'en ai fait une petite insomnie!) Decouvert une boulangerie francaise qui faisait d'exquis croissants et offrait d'echanger des bouquins gratuitement, une petite fleur pour adoucir notre sejour la-bas; j'y ai decouvert Albert Londres, fascinant journaliste reporter Francais ayant ecrit des chroniques  d'Asie en 1922, dans un style tres percutant, drole et cultive, un regal. J'ai devore le passage ou il va en Inde et bien rigole a la description de la chape de plomb qui nous recouvre en arrivant au Vietnam en ete... hilarant! (Dans cette ville aussi, ce fut un cauchemar d'essayer de skyper.) Adieu, Hue!

Trajet de 14h en autobus avec couchettes (quelle belle invention!) pour aller a Hanoi. Pas super bien dormi a cause de l'etat des routes; impression d'irrealite, fatigue. Mais des les premieres heures a deambuler dans les petites rues, a travers les sempiternelles motos et les marchands de toute sorte, j'aime deja mieux cet endroit que Saigon. C'est sympathique et vivant, une energie positive se degage de la capitale. Au marche nous avons admire les etals colores: outre une debauche de fruits, il y a de tout pour les amateurs de viande: des pattes de coq et des pieds de cochon, des tripes et de la cervelle, voire meme des vers seches... gouteuses marchandises attendant preneur sous le soleil cuisant. Un jeune homme tentera meme ardemment de nous convaincre de gouter la viande de chien, reputee savoureuse. Vive le tofu et les legumes! On en mange presque a tous les repas, avec du riz ou des nouilles. Pour ma part j'aime bien essayer aussi les poissons, crevettes et pieuvres, tous tres frais et assaisonnes simplement.

Un matin, reveillees a l'aube par les chants d'oiseaux, nous avons decide, Anne et moi, d'aller au bord du lac Hoan Kiem au centre de la ville, histoire de prendre l'air avant que la canicule ne s'abatte comme un oiseau de feu sur la cite. Surprise: des six heures, c'est grouillant de monde! Notamment plusieurs personnes agees, mais aussi des jeunes ou des familles entieres qui s'exercent a qui mieux mieux! Marche rapide, jogging,  badminton,  danse sociale; d'autres gens font du   tai-chi ou du  kung fu, s'etirent et se massent  vigoureusement les uns les autres... il y a meme des adeptes de culturisme qui apportent leurs halteres!
C'est vraiment rejouissant et inspirant de voir des petites mamies, main dans la main, aller faire leurs exercices ensemble en pyjama sur le boulevard ! Ca met une ambiance joyeuse et ca commence bien la journee. Ils semblent conscients de l'importance de prevenir au lieu de guerir. Si je suis aussi en forme qu'eux a leur age, j'aurai reussi quelque chose. Fallait voir la souplesse et l'energie de ces personnes aux cheveux d'argent! Je me suis mise de la partie, bien sur, car le mouvement c'est la vie! Puis, des 7h30, il commence a faire chaud, on va dejeuner de baguette et de fromage La vache qui rit!

Visite un lieu dedie a valoriser la culture et l'education; il y avait la une bande de jeunes finissants vetus de blanc qui ont lache des ballons multicolores et fait une petite ceremonie pour feter leur reussite. Mange une pho (soupe traditionnelle) puis on doit absolument repasser a l'hotel a l'heure du zenith pour se doucher et se reposer au frais. Le soir venu, nous assistons a une piece de theatre de marionnettes sur l'eau. C'est un art traditionnel qui existe depuis environ mille ans; il y a des musiciens et chanteurs, et les marionnettistes sont dissimules derriere un paravent de bambou et bougent les "water puppets"avec des baguettes et des fils:
combat de buffles, peche, travail dans la riziere, danse nuptiale du phoenix, chants d'amour ou religieux, dragon facetieux crachant de l'eau en virevoltant, les scenes naives et charmantes font appel a notre coeur d'enfant. Un beau moment!

Le lendemain fut un instant tres attendu, sorte de point culminant de notre periple au Vietnam: j'ai nomme la baie d'Halong! Quatre heures de route avec depart sous la pluie, evenement rarissime qui nous interroge: pourrons-nous aller en bateau?  La chance est avec nous car la pluie cesse, alors que la veille des touristes ont du annuler leur sortie pour cause d'orage! Notre bateau-hotel se nomme le Marguerite, le prenom de ma grand-mere. La cabine en bois fonce est luxueuse et confortable, nous allons dormir comme des princesses!
Le repas du midi est abondant et varie, suivi d'une visite dans une grotte immense, "amazing cave" visitee par 6 millions de personnes l'annee derniere! C'est depuis que l'Unesco a reconnu ce site comme patrimoine a proteger qu'ironiquement les touristes affluent pour voir la merveille qu'est la baie, amenant dans leur sillage une pollution regrettable, qui semble bien geree pour l'instant, mais les guides ne disent pas toute la verite je crois. C'est un vaste territoire avec des sortes de pitons rocheux recouverts de vegetation emergeant de l'eau turquoise,  ou vivent environ 1600 personnes dans des villages flottants, vivant exclusivement de la peche ou de l'elevage de poisson. Apres l'ecole primaire, les enfants doivent aller sur le continent pour poursuivre leurs etudes, ce qui explique que la plupart restent et deviennent pecheurs de pere en fils, un destin trace d'avance.

Nous avons fait un tour de kayak en apres-midi, avant de nager langoureusement dans l'eau tiede jusqu'au coucher du soleil.La baie est grandiose, mais nous sommes dans le tas de touristes, donc les images de carte  postale vues sur internet sont plus belles que ce qui est sous nos yeux, reduisant un peu l'emerveillement. Les photos aeriennes d'endroits plus recules sont tellement spectaculaires... Mais nous sommes contentes d'etre la, et le petit groupe de 10 personnes est agreable. Nous apprenons a fabriquer soigneusement les celebres rouleaux croustillants avec une feuille de riz, puis roulons sous la table apres un souper gargantuesque.Le climat est plus clement, la brise souffle, on respire mieux, amen! Notre guide, Tien, nous explique que son nom, selon les accents toniques, peut signifier six mots differents!

Retour a Hanoi. Le musee des Beaux Arts recele de fastueuses sculptures et peintures de differentes epoques, une visite agreable. Tentative de visiter le mausolee d'Ho Chi Minh, qui etatit ferme (et dont c'est l'anniversaire le 20 mai), nous y avons croise de jeunes soldats sympa et vu une pagode sur un pilier, au milieu d'un bassin d'eau, une curiosite. Le soir, mange une bonne pizza et pris une biere froide dans une ruelle, assises dehors avec une bande de Francais, a meme le trottoir.  Coup de theatre: vers 20h, descente de police! d'un seul coup apparaissent 7 ou 8 officiers  qui confisquent les tabourets sur lesquels nous sommes assis,  nous disant de rentrer a l'interieur. Ouf! (heureusement  ils nous ont laisse nos verres!) La proprio du bar, si elle veut revoir ses bancs en bois, devra payer un pot de vin a ce qu'on m'a dit; sa terrasse improvisee doit etre illegale.

Ce matin, nous avons vu un des plus beaux musees du pays: celui d' ethnologie, ou j'ai appris qu'il existe pas moins de 54 groupe ethno-linguistiques ici, une veritable mosaique culturelle quand on regarde ca de plus pres. Les objets, les photos et surtout les videos m'ont fascinee: on pouvait voir une vieille femme, sorte de chamane, entrer en transe dans un rituel etrange qui dure toute une nuit, et les femmes qui l'entouraient riaient et participaient aussi a cet evenement social et religieux. Ah oui, et derriere le musee, il y avait de nombreuses reconstitutions de maisons traditionnelles de ces minorites, et l'une d'elle ressemble comme deux gouttes d'eau aux maisons longues des autochtones d'amerique.

Aujourd'hui c'est notre derniere journee complete ensemble: Anne part demain pour Saigon, puis Montreal.
Pour ma part je me suis magasine un billet de bus pour le Laos (24h de trajet, je croise les doigts pour que l'autobus soit potable) et je part demain soir me la couler douce a Luang Prabang. Souhaitez-moi bonne route!








mardi 8 mai 2012

Pagodes et Pỵjamas!

Dans la nuit du 28 au 29 avril, j'ai quitte, un peu a regret, ce pays envoutant qu'est l'Inde, pour m'envoler vers une nouvelle destination: le Vietnam! Ma premiere impression d'Ho Chi Minh City fut euphorique: wow, que c'est propre et ordonne ici, que les gens sont zen! Tellement tranquille pour une grande ville que meme la circulation automobile, pourtant abondante, ressemble a un ballet au ralenti. J'ai pris un taxi pour aller chercher mon amie a l'aeroport et il roulait a 25km/h! Ce fut hyper relaxant. J'etais remplie de joie de retrouver ma grande  amie Anne; on s'est saute dans les bras avec allegresse, apres six mois sans se voir!

Je dois dire que l'ancienne Saigon m'a paru trop occidentalisee a mon gout! En effet c'est tres developpe et ca sent la prosperite; le commerce est aussi vivant que la culture. Les rues sont larges et bien entretenues, il y a peu de mendiants, moult grands buildings et magasins de luxe, il y a meme  des employes qui entretiennent a la main l'herbe sur les terre-plein d'autoroute, etc. Tant mieux pour les Vietnamiens! Mais si ce n'etait des chapeaux pointus, des vendeurs de soupe ambulants et des cache-nez contre la pollution, je me serais crue en Europe! Les femmes sont souvent vetues d'un ensemble (deux pieces) ample avec des motifs floraux qui rappellent etrangement un pyjama! Par peur de bronzer, tous se promenent tres couverts: chapeaux, gants, manteaux, foulards, le tout meme a pres de 40C!

Nous avons vu un spectacle patriotique: danse, chant (lyp-synch), feux d'artifices et compagnie! Nous sommes arrivees en plein conge ferie, il y avait donc des touristes locaux a profusion.Notre quartier etait anime, nous avons vu des gens jouer du tambourin et chanter joyeusement, les bars et resto etaient ouverts jusque tard dans la nuit. Helas, le "nightlife" n'a pas que du bon: nous avons remarque plusieurs prostituees a l'ouvrage et  la vue de l'une d'elle nous a brise le coeur: elle avait l'air d'avoir 12 ans, becotait un Europeen de 40 ans et  elle etait si maquillee et si frele qu'on aurait dit un clown triste. Que faire? Que dire? Sentiment d'impuissance, ca fait partie de la vie, encore une fois je dois accepter  ce que je ne peux changer...

Visite une magnifique pagode, la plus ancienne de la ville (1744), veritable refuge contre le bruit, sanctuaire ou se recentrer. Il y avait plusieurs autels pour les ancetres, des urnes, des cloches immenses, une atmosphere paisible et feutree. Le lendemain, nous avons pris un tour organise pour aller dans le delta du Mekong, ce fut tres chouette! Arrives a My Tho, pris un bateau couvert a moteur pour aller a Ben Tre. Collation de fruits exotiques tel le "dragon fruit",les mangoustans(oh bonheur), du cacao frais (acidule) un delicieux the et de la musique traditionnelle. Ensuite, memorable balade en pirogue dans d'etroits canaux entoures de verdure foisonnante, chaleur humide, ambiance magique! Sur une autre ile, nous avons eu droit a une degustation hors du commun: d'abord du vin de banane (bof), puis la piece de resistance: le "snake wine", un tord-boyaux immonde fait d'alcool fort dans lequel macerent des dizaines de serpents morts et qui sent le verre de terre
( vous savez, l'odeur qui flotte dans l'air apres une averse?), breuvage douteux  suppose donner force et courage a qui en absorbe un verre... Je dirai comme Melanie, c'est plutot l'inverse, ca prend du courage pour boire cette potion, he he! Apres, j'ai pris un serpent dans mes bras, il etait tres affectueux, il s'enroulait autour de moi! Le soir, apres un bon trois heures d'autobus, dormi a Cam Tho. Le lendemain, vu le marche flottant de Cairang, tres exotique. On y voit les marchands exposer leurs fruits et legumes sur leurs bateaux, et meme un poste d'essence flottant! Ce fut suivi de la visite d'un verger et d'une fabrique artisanale de nouilles de riz. Retour a Ho Chi Minh.

Nous avons eu un petit choc culturel dans un resto: la serveuse restait plantee a cote de la table a nous regarder manger tout le long du repas et venait sans cesse replacer les choses sur la nappe. La commande fut pleine d'erreurs car la jolie demoiselle ne parlait pas un mot d'anglais! Cette ville est le royaume de la diversite gastronomique, car bien que la qualite varie, l'offre epate par son abondance: sur une meme rue, restaurants indien, italien, francais, thailandais, japonais, mexicain, vietnamien, pub irlandais, patisserie francaise, etc.!
Etrangetes vues sur des menus: uterus de porc (oui oui), pigeon, milkshake aux tomates, "chou-fleur de terre"!

Pris un bus-couchette ultra moderne et confortable pour aller a Mui ne, au bord de la mer; frangipaniers, hotel avec piscine, la paix!!!Jase avec un couple de Nouvelle-Caledonie. Baignade, lecture, vu de curieux petits bateaux ronds, deux grosses meduses blanches et des rats morts flotter, a part ca c'etait bien! J'ai adore lire Atiq Rahimi, ses oeuvres sont denses, sobres, poignantes. Mon livre favori fut: Syngue sabour, pierre de patience. Son autre bouquin: Terre et cendres, a gagne un prix Goncourt. C'est puissant, a decouvrir.

Loooong et penible trajet dans un bus a la suspension finie, moteur qui peine a monter les cotes, vieux coussins qui sentent mauvais, deception! Mais on se rend tout de meme a Nha Trang, on cherche une pharmacie (parcours du combattant, on se fait avoir par un cyclopousse), puis un resto: ce n'est pas notre jour car soit ils ne servent que des glaces, soit ils ferment tot, bref on finit affamees en fin de journee, et de mon cote je m'impatiente car impossible de trouver une connection internet digne de ce nom! (Ah c'est la vie!)
Cette ville ressemble un peu a Nice, de gros hotels au bord de l'eau: c'est correct, mais pas charmant.
On se prend encore une journee d'activite en  bateau, malheureusement l'apnee fut annulee a cause d'un gros orage avec des eclairs, mais on a eu du plaisir quand meme. Vu un bel aquarium exotique, excellent lunch et vu des bassins pleins de poissons vivants : des raies, des petits requins, des calmars, prets a etre manges...
Le soir venu, nous avons ete eblouis par un spectacle folklorique varie en plein air: mime, theatre, danse et musique, avec des costumes a couper le souffle. Pris un verre avec Walter, un Francais sympathique. Le lendemain, journee relaxe, plage : eau turquoise et rafraichissante mais helas vers 11h la maree amene des dechets. Un Vietnamien essaie de nous prendre en photo, nous apprenons a lui dire : an dede! Va t'en!
Vu un centre culturel ou des artisanes faisaient de splendides et minutieuses broderies.
(Curiosite: plusieurs hommes s'epilent le menton avec une pince, en public sur le trottoir!)

Pris un bus de nuit; ce fut un peu la croix et la banniere, le petit boss a bord etant antipathique et desagreable a l'exces, voire despotique... Tant bien que mal, reussi a dormir un brin avant d'arriver ici, a Hoi an, ce matin, le 8 mai. Ah, que c'est beau ici! C'est une jolie ville remplie de vieilles maisons patrimoine de l'Unesco, de musees, de magasins (attention femmes amateures de vetements, ici c'est dangereux pour le portefeuille!), d'ateliers d'artisans, de temples et de resto. Curieusement, il n'y a pas de demi-mesure: soit les gens sont super affables et souriants, soit ils sont froids et hostiles et on a l'impression de les deranger! Le contact est en dents de scie. Est-ce a cause de la langue? Peu de gens parlent anglais ou francais. Apres-demain, nous irons a Hue. La chaleur demeure un obstacle a gerer au quotidien (fatigue, eruptions cutanees, coups de soleil...).
A suivre!

mercredi 25 avril 2012

Des garcons et des hommes

L'Inde est un pays d'hommes. Ce sont eux qui ont le plus de liberte.  Ils sont partout: plusieurs sont charmants et la plupart sont respectueux  mais helas certains sont mal eduques et  se croient tout permis. J'aurais pu intituler ce chapitre La Detresse et l'Enchantement mais laissons a Gabrielle ce qui lui appartient...

Episode d'exhibitionniste deuxieme partie: je suis sur la plage tot le matin, j'enchaine quelques salutations au soleil quand soudain je constate qu'un zigoto s'astique tranquillement le manche en me "zieutant". Ah non. Non, non et non, il n'est pas question que je laisse passer cela. (Je souligne que j'ai pris la peine de couvrir mon bikini avec un t-shirt et un pareo.) Je reagis au quart de tour en lui criant: Hey! What is this??? Stop it, go away! Le mec se remballe le machin mais reste placidement assis sur son derriere,  il comprend mais feint la sourde oreille (c'est peut-etre vrai apres tout que l'exces d'onanisme rend sourd?). Je l'engueule sans gene: goonda, mardechoord, you sister fucker! Il repond: calm down... -I won't calm down cause you don't respect me, what kind of attitude is this? Un quidam qui faisait du sport pas loin s'approche pour savoir s'il peut m'aider. J'explique   et l'hurluberlu me repond: you don't enjoy?!  A ce moment je redouble de fureur, je hurle desormais devant tant de betise: I AM NOT A PORN STAR, OK?! Je demande au costaud de dire au moustachu de degager, ils se parlent et le gros beta reste bien visse sur place, stupefait, stupide et frappe de stupeur. Je dois cracher du venin, si ce n'est du feu: -c'est degoutant, vous aimeriez ca qu'on fasse pareil a votre mere, soeur, cousine, etc?
Il repond non et reste assis. Je lui fais un geste tres peu zen avec mon majeur puis je cours raconter ma mesaventure au lifeguard le plus pres. Il me repond: oh ca doit etre un malade ou un fumeur de drogue...et il reste assis, tandis que l'autre rustaud s'eclipse en toute tranquillite. Je suis au bord des larmes, non parce que j'ai eu peur, mais de frustration et d'impuissance. Je suis allee plus tard voir la police de la plage (ils arrivent tard); on a note mon nom  et la description de l'individu (cheveux bruns, yeux  bruns, 45 ans, grassouillet et moustachu, avec des vetements banals, bref un male comme il y en a des milliers  ici!) en me disant que "des actions seraient prises"...ah, ah, quelle bonne blague! Je suis supposee faire quoi? J'aurais du le cogner peut-etre au lieu de discuter?  Allez gringo, que dieu te blesse... mais c'est pas  beau la vengeance!

Grr...Decidee a ne pas me laisser gacher ma journee, je me force a respirer profondement, en me repetant que je m'aime, je m'estime, je me respecte (prend-le pas personnel, ma belle). Ce qui me derange le plus c'est qu'un individu m'utilise pour satisfaire ses pulsions et que je ne puisse rien faire. Les deux fois que c'est arrive, je me suis tourne vers une tierce personne et je n'ai recu aucun soutien. Arrivee a ma chambre je pique une petite crise de larmes et heureusement, je suis accueillie a coeur ouvert par mon ami , qui me fait un gros calin et me parle avec empathie. (L'enchantement, c'est lui!) Nous partons le jour meme en train pour un voyage de deux semaines dans le Tamil Nadu et chaque jour sera empreint de douce complicite.

Le 11 avril  nous voila a Ooty, charmante station de montagne ou il y a beaucoup de touristes indiens. Les hotels sont plus chers mais c'est agreable d'avoir du temps  frais.  Il y a un lac, nous y faisons du pedalo, puis visitons une maison hantee et rigolons dans un mini train jouet. Nous marchons, ecoutons un film sur l'ordi, allons au resto. Bref encore la belle vie qui continue! Visite un jardin de roses puis un autre avec toutes sortes d'especes d'arbres et de plantes; j'ai pense a Mimi, qui aurait adore. Vu des feux d'artifices et entendu les tambours d'une fete quelconque, beaucoup dormi et flane. Il y eut une journee ou j'ai du combattre un virus: membes endoloris, faiblesse, mal de tete, pas d'energie. A. a pris soin de moi aux petits oignons. Nous avons trouve un nouvel endroit ou marcher et vu un grand singe noir. J'ai goute et apprecie une collation typique: mangue verte acidulee saupoudree de sel et chili, de quoi saliver abondamment! (On devient accro).

Le 15 avril, alles a Coonoor, vu un autre parc magnifique et reposant, pris un rickshaw pour acceder a quelques points de vue sur les environs. Nous nous sommes delectes d' un repas haut de gamme dans un resto: savoureux biriyani a l'agneau et legumes debordants de saveurs: clou de girofle, piment, cannelle, etc. Le 16, visite Kotagiri, un des villages des collines Nilgiri, tres typique avec ses plantations de the en etages. Marche sur une route tranquille une bonne heure au gros soleil, puis eu la chance d'avoir un lift gratuit et inopine pour le retour. On doit passer par  Coiombatore, qui est super chaude et surpeuplee; on dort de peine et de misere, chaleur infernale et hotels climatises super chers...Ouf, adios! Prenons un enieme bus pour Kodaikanal, 6h de route sur des bancs durs dont 2h dans les tournants en epingles qui montent vers cette superbe station a 1800m d'altitude. Vu des eoliennes et des panneaux: priorite aux elephants! Un graffiti: Save Tibet, qui m'a fait penser a Francois.C'est la haute saison, donc hotels pleins et chers. Le premier qu'on essaie, supposement "deluxe room", n'a pas d'eau dans la salle de bain! On cherche et trouve un endroit accessible, avec de l'eau chaude une journee sur deux et une tele, au bonheur de mon cher A. (J'ai ecoute plus de television en 15 jours que dans les 15 dernieres annees! ) Vu un defile de jeunes hommes avec des tambours et femmes richement parees portant des offrandes sur leur tete.

Nous sommes restes colles la une semaine, benediction du climat de montagne qui permet d'etre un peu actif.  Nous avons loue des velos (une journee, aussi essaye un tandem!) pour visiter les environs. Il y a un lac dont le tour fait 4km. Beaucoup marche et paresse, un heureux melange pour des vacances reussies! Une nuit j'ai fait une severe indigestion  (ou une gastro); le jour suivant j'etais faible et je suis allee a l'hopital pour me faire tester, je craignais d'avoir chope le giardias ou autre bacterie malcommode, mais non je n'avais rien. Youppi! (La consultation m'a coute en tout trois dollars cinquante!)

Hier nous avons passe une nuit a Madurai, sous une averse torrentielle nous avons visite le temple Minakshi et avons du nous relever a 2h30 dans la nuit pour prendre le train pour Trivandrum, ou nous avons abouti ce midi. Je pars dans trois jours pour le Vietnam, et la joie de revoir ma grande amie Anne m'aide a vivre plus sereinement ce dechirement de quitter un pays ainsi qu' un ami avec un grand A, que je reverrai tous deux a l'ete....si Dieu le veut! J'ai en effet le projet de revenir en juillet pour visiter le nord, notamment le Cashemire. A SUIVRE!


dimanche 8 avril 2012

People are people

J'ai un probleme de mise en page, on dirait? Le texte que je vois en brouillon est bien aligne et celui qui est publie est vraiment n'importe comment, donc je m'en excuse aupres de vous lecteurs, soyez indulgents...

J'ai vu deux anecdotes etonnantes dans le journal (je me retiens vous savez, je ne le lis pas chaque jour!):
Une adolescente s'est vu refuser le droit de passer ses examens de fin d'annee (ecole catholique) pour avoir mis une photo d'elle en bikini sur Facebook. Un pere, irrite des mauvaises notes de sa fille, l'a obligee a mendier dans la rue pour lui apprendre la vie(!), resultat: elle a ete confiee a l'equivalent de la DPJ et le paternel, qui risque la prison, ne veut plus revoir sa fille car, dit-il,  "elle a sali ma reputation"! Ok il s'en passe des vertes et des pas mures partout dans le monde, mais ces deux cas ont une saveur locale, ca ne pourrait pas se passer a Montreal, mettons!

De retour a Kovalam, dans le Kerala,  point de depart de mon tour de l'Inde et ca fait du bien! Malgre la chaleur, c'est presque une cure de repos. Journee typique: je dors copieusement, (hotel situe dans une zone pietonne, je suis bercee par les criquets et les chants d'oiseau, alleluia!) puis au reveil je vais marcher sur la plage, je fais quelques etirements, un brin de jogging puis je me lance a l'eau, je patauge dans les vagues une heure et je vais ensuite dejeuner. Croyez-le ou non, meme en pleine natation il y a des mecs qui viennent me voir et : Hello! Where are you from? (hey, les petits jeunes de 20 ans, calmez-vous!) Quand le soleil est au zenith, pas quesion de m'y exposer, je me refugie dans un livre ou a l'internet. Je bavarde avec mon ami Unni, qui gere l'hotel, ou avec mes voisins, Sasha et Masha, des crudivores qui trippent yoga...Il y a vraiment une legion de touristes  russes ici et non ils ne sont pas tous alcooliques! Ils ont un accent tres caracteristique qui peut etre charmant. Ensuite, en milieu d'apres-midi, j'ai rendez-vous avec Lalou pour un energique massage, d'ou je sors collante d'huile de coco et aussi odorante qu'une friandise. Parfois j'ai la chance d'avoir aussi le "steambath", c'est une boite en bois, toute simple, avec un presto qui fait de la vapeur; on sue du corps mais on a la tete en-dehors, ce qui rend la chaleur plus supportable que dans un sauna normal et ca detoxifie mes amis! J'ai la peau super douce apres une semaine de ce traitement. En fin d'apres-midi, je retourne nager, je m'amuse jusqu'a ce que le soleil se couche puis je prends une douche et me mets a penser a choisir un resto...Dure vie n'est-ce pas?

Pendant trois jours il y a eu un festival, consacre aux deesses. Musique et  prieres dans des hauts-parleurs (parfois agreable, parfois suant quand le niveau sonore est exagere et que la meme toune joue quinze fois de suite, OM NAMA SHIVAYA!), une procession (que j'ai manquee helas car j'etais sur skype) mais j'ai eu la chance d'assister a une ceremonie assez impressionnante. Un homme, dont j'ignore le titre exact mais qui etait l'officiant (ou le clou de la soiree) etait  torse nu, pare d'un monstrueux collier qui devait peser une demi-tonne et coiffe d'un enorme panneau  representant le visage de la deesse, cet homme plus tout jeune et bedonnant a gagne toute mon  admiration pour son incroyable performance. En effet, accompagne de fringants ados qui jouaient du tambour avec une vigueur et un enthousiasme aparemment inepuisables, notre saint homme a danse, saute, gesticule,  tape du pied, tournoye sur lui-meme tout en se deplacant au milieu de la foule attentive et respectueuse (qui se levait a son passage et joignait les mains en namaste) tout cela pendant deux heures non stop, avec un crescendo dans l'intensite du rituel, appuye par la musique endiablee dont le tempo accelerait ...Assez fascinant, avec un cote primitif; je suis restee jusqu'a la fin bien que ce fut repetitif. Une mini procession d'enfants tenant des banderoles et des ombrelles multicolores suivait le brahmin comme son ombre, et d'autres etaient charges de l'asperger regulierement d'une pluie de petales; a la fin le sol etait couvert d'un tapis jaune et blanc, des milliers de fleurs sacrifiees pour ce moment intense. Vers la fin, notre homme presqu'en transe a lance des trombes d'eau de rose sur la foule ( le lendemain mon vetement sentait encore!), puis nous a offert la poudre rouge que les gens mettent sur leur front, ensuite la flamme: on passe ses mains au-dessus puis on porte les mains a nos paupieres et a notre coeur, en guise de purification ou de communion avec le divin. A la fin, je me demande comment il pouvait encore tenir debout; il etait lui-meme couvert de poudres de toutes les couleurs et son visage avait pris un aspect fantastique, comme un masque.

Un matin, j'ai fait une longue marche pour aller au village voisin acheter un nouveau cellulaire et cela valait le deplacement. Il y avait deux grandes mosquees, une blanche et une vert pomme, on aurait dit une maquette! Puis de nombreux bateaux, des pecheurs en train d'arranger ou de vendre du poisson ou encore de reparer leurs filets tout en discutant,accroupis,  sinon occupes a jouer aux cartes pour de l'argent ou simplement endormis dans un coin. La vie simple, pas facile mais pas compliquee non plus.

J'ai rencontre un touriste Francais qui voyage sac a dos pour un bon bout de temps. Ce qu'il a de special, c'est une jambe artificielle, comme Terry Fox. Il a aussi le sourire franc et une attitude super saine. Il a perdu sa jambe dans un accident de travail et depuis, il a l'independance financiere qui lui permet de faire le tour du monde avec sa copine. Je trouve admirable qu'il soit aussi positif, au lieu de ruminer sa perte il vit a fond sa vie, il marche, il releve des defis...tres .inspirant, merci Yan!

Parenthese: quand je me presente, Marika c'est dur a retenir pour les locaux alors je dis: Maria. Ils aiment ce prenom et instantanement, neuf fois sur dix, ils me chantent "Hey, Maria, hey Maria!" une chanson de Santana, que je ne connais pas mais faudrait que je l'ecoute un jour!

Hier, grimpe au sommet du phare qui  est au bout de la plage, et j'ai admire le vol plane des petits oiseaux de proie, ils avaient l'air si sereins, tellement dans leur element, c'etait magnifique et reposant.
Le soir, c'etait la pleine lune, ca m'a fait penser a ma gang d'amies de Quebec, mes gentilles sorcieres, comme disait Jules. J'aurais bien voulu participer a leur cercle de parole! C'est ce genre de moments qui fait que, bien que je n'aie pas le mal du pays, je me teleporterais volontiers pour une fin de semaine, histoire de voir mes amis et ma chere mere.

Ce soir, je fais un souper italien pour mes amis indiens: pasta alla primavera avec du bon fromage, des legumes, l'huile d'olive, de l'origan et du romarin, j'espere qu'ils vont apprecier! (C'est exotique pour eux).
La, je m'en vais boire un lassi a l'avocat a la sante de mon ami Jean-Francois, dont c'est l'anniversaire aujourd'hui.